ACTE 1, SCÈNE 1. 3G
Non. c'est l'unique frein qui peut me retenir;
C'est le doute fatal que je veux éclaircir.
Que dis-je? au fond du cœur cent fois je me condamne
D'accuser des vertus que le soupçon profane.
Depuis que, par nos cris le ciel importuné
L'a rendue aux besoins d'un peuple infortuné ,
De ses soins maternels la tendre inquiétude
Fait du bonheur public sa gloire et son étude :
Son ame, adoucissant et nos lois et nos mœurs ,
Redouble ses bienfaits ponr venger ses malheurs.
Hélas ! les sons touchants de sa voix affoiblie
Pénètrent plus avant dans mou ame attendrie;
La langueur de ses yeux désarme leur fierté;
L'empreinte des douleurs ajoute à sa beauté.
Grâces, talents, vertus, dont l'éclat l'envirojine.
Tout eût fait mon bonheur, que Raoul empoisonne.
Mais du doute mortel dont je suis déchiré
Il faut qu'en peu de jours mon cœur soit délivré.
D'Armance est dans Dijon , et va bientôt m'apprendra
Si ce rival funeste à la cour se doit rendre.
Là, mon t.iste devoir m'appelle près du roi ;
Mon épouse, à ses pieds , doit paroitre avec moi ;
Là, mes yeux perceront cette ombre criminelle
Dont sait s'envelopper une flamme infidèle;
Et Coucy. .
ÂLBÉRic, l'interrompant.
Que je crains votre bras et le sien!
Rivaux en gloire...
FA TEL, avec fureur, l'interrompant à son tour. Attends son trépas ou le mien; Et peut-être , avant tout, la mort de la perfide. J'éprouve à chaque instant ce passage rapide De la rage au respect, de l'amour à l'horreur. Mon destin dépendra d'un moment de fureur. ' Je pourrois immoler et venger mes victimes, Devenir criminel, et punir tous mes crimes: Vainement la vertu voudroit les ralentir; Je ne la connoîtrois qu'au cri du repentir.
ALBÉRIC
Vous pourriez...
F A V E L , l'interrompant.
Tout est dit; et si j'instruis ton zèle, Je ne veux pas l'armer pour venger ma querelle : Ma gloii'e n'a jamais d'autre vengeur que moi ; Mais il faut que mes yeux soient éclairés par toi. Voilà l'unique soin que Fayel te demande; Un ami t'en conjure, un maître le commande.
ALBÉRIC
Quand je vous blâmerois, il faudroit obéir; Mais à vous détromper mes soins vont vous servir.
FAYEL
Va voir si la comtesse au palais revenue...
ALBÉRIC, l'interrompant, en apercevant entrer Gabrielle.
La voici.