SCÈNE IL
MONLAC, GABRIELLE, ISAURE.
GABRIELLE, à Moulac.
Imprudent, oses-tu?...
MONLAC, l'interrompant.
Dissipez votre effroi, Madame. Eu liberté je puis enfin paroître : Fayel s'est assuré du trépas de mon maître. J'ignore quels soupçons, agitant ses esprits, Ont démenti la foi de mes premiers l'écits; Mais, par de longs détours, sa tranquille colère Vient de m'interroger avec un front sévère. La simple vérité , par ma voix, par mes pleurs, A bientôt devant lui confirmé mes malheurs. Tandis que son départ promptement se dispose, H permet qu'à vos yeux ici je les expose. Madame, il ne sait point que c'est le triste emploi Dont Raoul expirant s'est remis à ma foi.
GABRIELLE
Eh bien ! pleurons tous deux. Mais le puis-je sans crin Oui, pleurons un héros que mon malheur opprime. Ornement de son siècle, hélas! il a vécu Trop peu pour le bonheur, assez pour la vertu. Ose me l'avouer, sa mort est mon ouvrage : Son désespoir, sans doute, égara son courage; Il aura prodigué des jours si précieux , Mais que l'amour trompé lui rendit odieux.