ACTE II, SCÈNE VI. 3y
Allié de mou roi, fils des braves Coucy, Digne eu tout de ma main et du sau^j lics Vergy, Ce héros me fut cher dès l'àjje le plu^itcndre; Mon cœur à tous se-; droits fut contraint de se rendre. Si ma mère eût vécu, Ner^jy, dans son courroux, Ne m'auroit jamais fait accepter d'autre époux. Mais par un ordre affreux a l'autel appelée, A de vains intérêts en esclave immolée. Du pouvoir |>aternel je subis la rigueur; Il fallut par serment renoncer au bonheur : Traînant loin de Raoul ma chaîne infortunée, A ne le voir jamais je m'étois condamnée, Il paya de ses jours ses vœux sacrifiés. {montrant la lettre que tient Fayel.) Voilà ce (jui m'en reste, et vous me l'enviez! J'ai combattu deux ans cette invincible flamme. Ce sentiment, la vie et l'ame de mon ame. Sans vous, la vertu même approuvoit ces transports: J'ai connu, par vous seul, la honte des remords. Osez me reprocher un penchant légitime, Qui devient mon supplice, et ne fut point mon crime. Je devois vous garder et vous gardois ma foi; Mais l'instinct de mon cœur dépendoit-il de moi? Je dis plus : au milieu des tourments que j'endure, Me suis-je devant vous peimis un seul murmiire? Ah ! c'est mon père encor qu'ici j'ose accuser : De ma main, sans mon cœur, il voulut disposer; C'est lui qui perd enfin par sa rigueur extrême, Raoul, sa fille, vous, et peut-être lui-même. Son refus pour vous seul eût été douloureux;
Mais m'unissaut à vous il fit trois malheureux.
(à port.) Dieu ! par &es seuls regrets daigne punir mon père ! Des enfants immolés que je sois la dernière!
F A TEL, voulant se jeter aux pieds de Gabriellc. Qu'ai-je fait? Je m'abhorre, et tombe à vos genoux.
{ Gabrielle le retient.) Ah! l'amour qu'on dédaigne a droit d'être jaloux. Mais quel supplice affreux moi-même je m'impose! Je sens deux fois tes maux, quand c'est moi qui les cause ! Né fougueux, violent, extrême en tous mes vœux. Je ne puis gouverner mes sens impétueux; Et depuis que l'amour, sans rapprocher nos âmes, Dans mon cœur tout de feu répand encor ses flammes, Fayel est vers vous seule emporté loin de soi : Ma funeste existence est plus en vous qu'en moi; Mes jours, si vous m'aimiez, seroient purs et tranquilles Hélas! qu'aux cœurs heureux les vertus sont faciles!
( avec un peu de joie. ) Je crois qu'enfin le ciel, qui nous unit tous deux, T'enlève mon rival pour mieux serrer nos nœuds; Il détruit Taliraent de ta flamme funeste ; Il veut que sans combats la victoire te reste. Ton joug est désormais plus léger et plus doux ; Remplis ton seul devoir, régne sur ton époux; Inspire-moi ton ame et si pure et si tendre: Surtout ce qui t'approche elle sait se répandre: A tes rares vertus Raoul dut sa grandeur; Rends-moi tel qu'il étoit pour mériter ton cœur.