ACTE II, SCÈNE VI
{très vivement. ) Arbitre de mon sort , maîtresse de ma vie, Tu vas de mes destins réfiondre à ma patrie. Sur les pas des héros j'ai su me signaler; Soutenu par ta voix, je puis les égaler. Tu m'as fait imiter ta noble bienfaisance; Je veux la surpasser. Ah ! vois , pour l'indigence. Pour mon peuple épuisé, tous mes trésors s'ouvrir: Je ferai des heureuv ; ce sera m'enrichir.
( tendrement. ) Mais promets-moi du moins qu'une cendre insensible Ne rendra plus ton ame à mes soins inflexible; Que tu vivras pour moi; que, respectant tes jours. Ta douleur cessera d'en corrompre le cours.
GABRIELLE, le regardant avcc douceur.
Eh ! contre tant d'amour mon cœur put se défendre ! Je le sens pénétré d'une plainte si tendre! Vous qui me demandez des leçons de vertus , Vous en offrez l'exemple à mes esprits confus. Ah! combien devant vous il faut que je rougisse! Commandez, je vous dois le plu» grand sacrifice.
( à part. ) Ciel! le puis-je achever, et détruire en un jour Le sentimeiit profond du plus constant amour?
( à Fayel. ) Je vous offense encor. Mais pourriez-vous me croire, Si je vantois déjà cette prompte victoire? Daignez attendre tout du temps, de mes efforts. Du droit de vos vertus, du pouvoir des remords.
J'ai honte de n'oser promettre davantage; De ma sincérité cette crainte est le gage.
( avec fermeté. ) Seigneur, ne gardons rien qui puisse entretenir La dangereuse erreur d'un fatal souvenir. Monlac va vous jurer qu'il n'a pu me remettre Le don cher et cruel qu'annonce cette lettre. Sur-tout à mes regards ne la montrez jamais, Et ne me nommez plus le héros que jaimois. Je sais que ce n'est plus vous rendre un digne hommage Ce n'est plus signaler ma foi ni mon courage. Qu'après sa mort, hélas! oublier mon amant.
(à part^ avec douleur. ) Que n'ai-je le bonheur de l'oublier vivant!
( à Fajel. ) Mes jours sont votre bien , et ma juste tendresse...
FAT EL, Vinlerrompant.
Mon ame s'abandonne à la plus douce ivresse. Quoii'du bonheur enfin l'aurore luit pour moi , Et le don de ton cœur suit le don de ta foi.