‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 296 sur 325 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Que l'adieu si tou' liant île ce fat;il l)illet,

Le bruil de mon trépas honoré par vos larmes,

Au bonheur de vous voir prèteroit mille charmes :

Cet ^'spcir, ce désir, qjii réchauffait mes sens,

Rendit des végétaux les efforts plus pui>sants.

Enfin ce fier sultan, que l'ignorance abhorre,

Me renvoie à mor» roi, qui me plcuroit encore:

Tant la reconnoissance a d'invincibles droits

Par (]ui l'humanité nous rappidle à ses lois!

Sans distinguer \t- culte et l'empire oîi nous sommes.

L'homme chérit loujour.-; le bienfaiicur des hommes.

GADRIELLE, avcc doulcur.

Quoi! l'Asie en Raoul vante son bienfaiteur. En lui mon souverain voit son libérateur. Par-tout où le destin nous donna la victoire Son nom est le premier qu'ait piouonce la gloire; Et quand tout lunivers adore tes vertus. Seule on m'a condamnée à ne t'adorer plus, Moi que chérit ton <œur, qui t'aimai la première...

COUCY

Ton ame m'appartient, malgré la terre entière...

Ehl dépend-il de nous d'éteindre un >i beau feu?

A-t-il })Our s'allumer attendu notre aveu?

Ame de notre vie, il ne peut cesser d'être

Qu'avec les doux rapports qui dans nous l'ont fait naître.

Dieu ! quel oubli honteux égare nos esprits! Tous les deux, à l'instant, nous en serons punis...

( voulant s'éloiyner. ) Je triomphe en fuyant; je sors de ta présence...

4io GABRIELLE DE VERGY.

Ne me voyez jamais: respectez ma défense.

COUCY, la retenant.

Arrêtez un moment. Promettez-moi, du moins, Que vos jours conservés...

GABRIELLE, l interrompant vivement.

Ah ! quels funestes soins De prolonger mon crime et l'horreur qui m'accable! Je sens que chaque instant me rendra plus coupable.

COUCY

Envers qui?... Vous!

GABRIELLE, plus vivement.

Envers un époux vertueux, Qui donneroit son sang pour voir mes jours heureux... Que j'aimerois sans toi, mais dont mon injustice Regarde les bontés comme un affreux supplice. Sais-tu qu'à cet époux, ici même, en ce jour, Mon devoir a promis d'oublier ton amour?

COUCY

Quoi! Fayel a connu notre ardeur mutuelle?

Ta lettre est dans ses mains.

COUCT.

Vous avez pu, cruelle!...

GAB RIELLE, l interrompant.

Eh! n'en sois point jaloux! Va, cet écrit vainqueur Sans cesse en traits de feu se retrace en mon cœur...

( à part. ) Mais où m'emporte encore un souvenir trop tendre?

(à Coucy. ) Pars, sauve à ma vertu l'affront de se défendre.

,ACTE III, SCENE VI. 4ii

Tu mourois pour l'amonr; va vivre pour l'honneur.

c o r c Y , avec accablement.

lîh ! qu'importe la ploire à qui perd le bonheur?

G A BRI ELLE

Ton roi (|ue tu chéris...

c o u c Y , l'interrompant.

C'est lui qui nous sépare.

GABHlELLE, avcc vwacité.

Sans savoir nos malheurs , ingrat! il les répare : Tu régnes dans sa cour; ses bienfaits... COUCY, l'interrompant.

Ah ! sans toi La cour, le monde entier n'est qu'un désert pour moi.

Tu devrois me donner l'exemple du courage.

CO c c Y , toujours abattu.

Je dois, perdant le plus, me plaindre davantage.

GABKIELLE, toujours vivement.

Ton ame peut du moins exhaler sa douleur, Mes chagrins renfermés vont dévorer mon cœur. Va gémir loin de moi, rien ne peut te contraindre; Laisse-moi la douceur d'être la plus à plaindre. Allez, enfin ; songez que des murs de Vergy Fayel, en peu d'instants, peut revoler ici. Du bruit de votre mort sa haine détrompée A découvrir vos pas est sans doute occupée. Peut-être il sait déjà qu'arrivé dans ces lieux. ,

COUCY, l'interrompant.

U Armance étoit le seul dont je craignois les veux ; Mais il ne m'a point vu.

4i2 GABRIELLE DE VERGY.

GABRIELLE, à part, en entendant du bruit au loin. Quel bruit se fait entendre?

(à Monlac et Isaure. ) Voyez tous deux.

( Isaure et Monlac sortent.

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