‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 306 sur 325 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

G AlîRlELLi: , IS AURE.

Isaurc , vainement tu me veu\ rassurer , Dans mes sens éperdus l'espoir ne peut rentrer : Autour de nos remparts cette garde assemblée, Que Fayel, en ytartant, a même redoublée. M'annonce que llaoul n'aura [lu les franchir; Et tant qu'il est ici jtuis-je ne point frémir?

Dans les remparts d'Autrev quand il seroit encore, Que craifjnez-vous p.jur lui, puisque Fayel l'ignore? Pensez-vous, si Fayt'l l'eût jamais sou[)çonné. Que, sans rien éclairrir, il se fût éloigné? Votre époux vers Paris vient de suivre l'hilippe; Qu'au moins par soti départ votre eftVoi se dissipe! Eh! n'avez-vous pas vu, dans ses tendres adii^ux., Que le soupçon jaloux ne troubloit [)lus ses yeux?

GABRIELLE

Ce honteux sentiment, soigneux de se contraindre, Donne aux cœurs qu'il remplit l'habitude de feindre.

ISAUUE.

Mais toujours de Fayel les transports enflammés Décèlent, malgré lui, ses chagrins renfermés;

Je 1) ai j>lu5 retrouvé sur sou visage empreinte D'un jaloux inquiet la pénible contrainte.

GABRIELLE

HéTas! en un moment peut-il ainsi changer? C'est ce calme suspect, dans sou ame étranger, Qui redouble l'effroi dont je me sens frappée. A m'observer moi-même en secret occupée, Peut-être que mon trouble a mal jugé du sien. D'ailleurs , avec Moulac son paisible entretien , Le récit qu'en ont fait Albéric et d'Armance, Sont autant de raisons contre ma défiance. Mais je ne pourrai voir mon tourment adouci Qu'on ne m'ait répondu des destins de Coucy. Vois, du moins...

ISAURE, r interrompant.

Je voudrois qu'il pût encor paroître:

Qu'un dernier entretien lui fît enfin connoître Que vos jours exposés par un nouveau retour Révolteroient ensemble et l'honneur et l'amour; Qu'un héros , un amant généreux et fidèle , Doit à votre repos une absence éternelle. Vous seule à ces raisons donneriez tout leur poids. L'amant désespéré n'entend plus qu'une voix : L'arrêt qui le résout à s'immoler lui-même Doit être prononcé par la bouche qu'il aime.

GABRIELLE

Non , ce n'est pas de moi qu'il le doit recevoir. Épargne-moi plutôt le danger de le voir. Que, depuis ce matin, sou aspect m'épouvante! O terrible réveil d'une ardeur si puissante!

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