‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 64 sur 325 · SOLDATS THRACES · texte numérisé non relu

SOLDATS THRACES

ANTÉNOR, aux soldats.

Thraces, de toutes parts environnez ces lieux; Bientôt le peuple entier va paroitre à vos yeux, Et du bûcher d'Azor venir au sacrifice Qu'à cette auguste cendre a promis sa justice. J'ordonne, en frémissant, ce formidable apprêt.

(à llus.) Vous, Phrygien, allez entendre votre arrêt. De vos juges ici mon rang me fait l'arbitre; Mais, suspect à vos yeux, j'ai récusé ce titre : Je laisse au peuple libre à prononcer sur nous. L'arrêt est rigoureux; ne l'imputez qu'à vous: Si d'y mêler ma voix vous m'eussiez laissé maître, L'indulgente pitié l'eût adouci peut-être.

Après tous les affronts dont vous m'avez chargé,

Je vais gémir encor de me voir trop vengé.

ILUS, à part.

Non, rien n'épuisera sa fertile imposture! C'est le dehors serein de l'intégrité pure.

{ à Anténor.) A force de forfaits te voilà parvenu A la tranquillité que donne la vertu.

Mais tremble, scélérat! Si la terre étonnée Aux fortunés brigands gémit abandonnée, Du moins, telle est la loi des barbares destins, Ces aveugles tyrans des malheureux humains, • Que, se reproduisant par leurs fausses maximes. Les crimes sont enfin punis par d'autres crimes. Ton exemple sur toi sera bientôt suivi : I3n jour ces vils mortels, qui t'ont si bien servi. De quelque autre Anlénor dressant les nouveaux pièges, lui vendront, comme à toi, leurs fureurs sacrilèges. Ah! puisse, le premier, ton indigne Rhamnès, De ton art contre toi déployer les secrets , Et, le foulant aux pieds sur les marches du trône. De ton front tout sanglant arracher la couronne ! Adieu. Je vais chercher l'arrêt de mon trépas... Je l'avouerai, la vie eut pour moi des appas. Mais le ciel maintenant m'en fait haïr l'usage : Peut-on aimer le jour qu'avec toi l'on partage?

( Il s'en va avec Euriale et quelques soldats.

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