SCÈNE III
ANTÉNOR, RIIAMNÈS, soldats thraces.
antÉnop. , à Rhmnnès.
Non, il ne mourra point, j'ai besoin de ses jours; Ma haine intéressée en respecte le cours: Qu'il reste avec les siens, à nos armes en proie, Pour me répondre ici des vengeances de Troie. Zelraire et Polydore à l'instant vont périr; C'est par leur châtiment que je veux le punir. Tandis qu'à leur arrêt je montre un cœur sensible, Du peuple qui le rend je suis l'ame invisible. Ainsi dans leur cercueil mon crime enseveli, Est couvert à jamais des voiles de l'oubli; Croyant Azor vengé, nul ne suivra la trace D'un forfait que leur sang à tous les yeux efface. Tes services, Rhamnès, ont passé mes souhaits ; Au-delà de tes vœux j'étendrai mes bienfaits.
RHAMNÈS.
Seigneur, je sais borner ma modeste espérance; Le succès de mes soins sera leur récompense: Mais ne craignez-vous pas que ce peuple attendri D'un remords dangereux n'écoute entin le cri? J'ai vu le saint respect, l'amour involontaire Qu'imprime ici d'un roi l'auguste caractère.
ANTÉNOR
Ils l'ont trop offensé pour ne le point haïr; On n'aime plus son roi quand on l'a pu trahir.
8o ZELMIRE.
Ils pensent par sa mort prévenir sa justice, Et détruire un vengeur armé pour leur supplice: Polydore n'est plus qu'un tyran détrôné. Leur roi , c'étoit Azor, qu'ils avoient couronné : De leur amour pour lui l'ivresse est incroyable; Le fanatisme y joint son zélé impitoyable. Les organes des dieux que ton or fait parler; L'usage antique et saint qu'ils vont renouveler, En donnant sous mes yeux à ce sanglant supplice L'appareil imposant d'un pompeux sacrifice ; Cette loi d'immoler, par le chef des guerriers, Sur le tomlïeau des rois leurs lâches meurtriers; Tout asservit le peuple à mon puissant génie, Tout échauffe et soutient sa pieuse furie Tel est l'art de régir ces crédules humains , Qui, fermes dans le pli que leur donnent nos mains, Aveugles instruments du héros qui les guide, Avec un esprit foible ont un cœur intrépide; Qu'au nom de la patrie on rend séditieux; Qu'on mène au sacrilège avec le nom des dieux...
[voyant paroitre Zelmire, Polydore, et le peuple.) L'heure approche; et tu vois nos v:ctimes paroître : Tout le peuple les suit. Appelle le grand-prèire; Il doit armer ta main. Porte le coup mortel ; Ne perds pas un moment.
[Rhamnès monte au temple.)