SUITE DE SOLDATS THRACES ET LESBIENS, PEUPLES, AXTÉNOR
( Les soldats thrnces se rangent le long des arbres, du côté de la ville, les peuples auprès du temple, les soldats lesbiens près du tombeau.)
ZELMIRE, à Polydore, en regardant le tombeau. C'est doue ici l'autel Où ces dieux destructeurs qui protègent l'impie Vont lui sacrifier l'innocence flétrie.
O mon père, voilà \e prix de la vertu! L'opprobre est imprimé sur son front méconnu; Par d'heureux scélérats sa splendeur usurpée, Des ombres du forfait la laisse enveloppée; Elle raeurt sans goûter le stérile plaisir D'emporter son nom même à soa dernier soupir.
POLYDORE
Non , l'opprobre n'est poiut pour la vertu sublime Qui, parmi ses bourreau.v, s'applaudit et s'estime.
( montrant Antènor. ) Il est pour ce coupable, au faîte du bonheur, Qui ne peut sans frémir descendre dans son cœur.
( aux peuples. ) Vous, chargés des bienfaits de ma triste famille, Peuples, en m'immolant, pourquoi frapper ma fille? Dans mon sang épuisé, que vos bras assouvis
Rendent du moins à Troie , elle, llus et son fils; Que mes yeux expirants les arrosent de larmes; Et dans vos cruautés je trouverai des charmes!
ANTÉNOR
Non ; Zelraire avec vous doit recevoir la mort, Et des deux Phrygiens on m'a remis le sort.
ZELMIRE, à part.
O rage! ô désespoir!... Épouse, fille, mère, Ces noms sont mes bourreaux à mon heure dernière. ( Elle marche en désespérée, et s'adressant aux peuples. ) Va , peuple meurtrier, fier tyran de tes rois , Qui massacres ton prince au nom même des lois, Tout souillé de son sang, cette tache éternelle Sur tes derniers neveux sera toujours nouvelle; Ou plutôt les Troyens , par ma mort excités, En immenses tombeaux changeront vos cités. Que la contagion, que la i'aira dévorante , Y mêlent leurs fléaux à la guerre sanglante ; Que vos fils , arrachés de leurs berceaux brisés, Soient à vos yeux mourants sur la pierre écrasés; Que l'enfer soulevant les abymes des ondes Fasse écrouler votre île en ses flammes profondes;
( montrant Anténor.) Qu'il dévore à jamais ce monstre furieux , L'opprobre des mortels et la honte des dieux!
[Les prêtres arriûent avec Rhamnès, et restent sur
' les marches du temple. )
ANTÉNOR, voyant revenir Rhamnès.
Les dieux vont te punir; je vois Rhamnès descendre.