‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 145 sur 208 · ACTE 11, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE III

LE CHEVALIER, jouant l'étouné.

Qui vous met en courroux?

LA MARQUISE

Votre humeur odieuse.

LE CH EV A LIER

Je n'ai rien dit.

LA MARQUISE

Non; mais vos yeux, Votre maintien, votre air atrabilaire , N'ont que trop averti...

LE CHEVALIER

c'est assez de se taire, Eaut-il eucor sourire aux ennuyeux?

LA MARQUISE

Oui, monsieur, oui, sans doute; avec un soin extrême

11 faut que l'on ménage une femme qu'on'aime ,

Qu'on ne l'expose loint, par des écarts fréquents,

Aux propos indiscrets des sots et des méchants.

Eli ! d'où vient , s'il vous plaît , votre air sombre et sauvajje

A l'aspect de Valsaiu arrivé de ce jour?

Est-ce encore un amant dont je reçois l'hommage?

Oh ! je dois m'applaudir de votre rare amour;

Tant de délicatesse est vraiment respectable,

Et doit déterminer une femme estimable

A vous donner et sa main et son cœur. LE CHEVALIER, avcc vivacité.

lion! courage! Armez-vous de dépit, de froideur; Insultez à l'amour le plus pur, le plus tendre;

Fermez les yeux, ne veuillez rien entendre; Et justifiez-vous par de* prétextes > ains ,

2o8 LE JALOUX.

De vos mépris pour moi , de tous vos fiers dédains.

Valsain m'étourdissoit avec son persifflage ;

Et j'ai bien pu, je crois, las de ce personnage.

Par des distractions témoigner mon ennui.

LA MARQUISE

Non pas en ma présence, et non pas devant lui.

Eh ! voilà donc mon esclavage , Les scènes de dépit et les scènes d'humeur

Que j'essuiei'ois dans mou ménage.

Si j'avois le bonheur d'être unie à monsieur?

LE CHEVALIER, avec vivacité.

Si vous étiez ma femme, ah, pouvez-vous, cruelle. Douter un seul instant des soins d'un cœur fidèle?

Vous seriez ma divinité; Vos ordres, vos désirs, tout seroit respecté;

Et dans une extase éternelle Je jouirois de ma félicité.

Comparez-vous le sort d'un époux sans alarmes, Jouissant du bonheur de posséder vos charmes, A celui d'un amant plein de trouble et d'ennui , Qui voit jusqu'à l'espoir s'envoler loin de lui; Qui même tous les jours , à chaque instant , madame , Se perd auprès de vous par l'excès de sa flamme? Tout ce que vous valez et le peu que je vaux M'inspirent malgré moi de la mélancolie : Je ne saurois vous voir de tout point accomplie,

Sans redouter mille rivaux; Et vous éprouveriez la même jalousie.

Si j'avois en partage assez de qualités Pour inspirer à vos sens agités

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