‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 146 sur 208 · ACTE II, S^ÈNE 111. io.j · texte numérisé non relu

ACTE II, S^ÈNE 111. io.j

La même passion dont mon ame est remplie. Épousez-moi, marquise; et vous verrez soudain Un homjue tout changé d'humeur, de caractère Ne vous offrant jamais qu'un visage serein,

Où sera peint le désir de vous plaire Et le calme touchant d'un bonheur Lieu certain : Et ce grand changement, qui sera votre ouvrage, Si vous méjugez bien, n'est pas un vain présage.

LA MARQUISE

Vous ^ous trompez, monsieur, et ne me trompez pas, Avez- vous jusqu'ici pu douter de ma flamme? ]N'ai-je pas employé, jiour rassurer voire ame Les soins les plus marqués et les plus délicats? Et cependant, depuis l'aveu pénible Qu'à ma tendresse arracha votre amour Ai-je joui d'un seul instjnt paisible?

Votre humeur inquiète éclate chaque jour; Chaque instant fait éclore une scène nouvelle Et chaque emportement naît /l'une bagatelle. On peut être jaloux, et même avec fureur. D'un objet qui se borne au titre de maîtresse :

Son égarement, sa foiblesse, Xe sont pas les garants d'un solide bonheur. Mais il faut honorer la femme tendre, honnéle Qui ne veut écouter que les vœux d'un époux : Oui, de ces femmes-là, de leur digne conquête. Monsieur, on est certain, et l'on n'est point jaloux; \ ous conservez toujours le cœur qu'elles vous donnent I.t même en méritant qu'elles vous abandonnent. Mais vous n'êtes pas fait, par vos sens emporté,

îio LE JALOUX.

Pour juger de ces différences; Et votre cœur, ardent sans volupté, Ne connoît de l'amour que les extravagances.

LE CHEVALIER, attendri.

Oui, je sens tous mes torts, et vous m'ouvrez les yeux :

Le cœur d'une femme estimable

Est le plus beau présent des cieux.

Mais mon inquiétude est peut-être excusable : Ce n'est pas un soupçon contre la bonne foi. Indigne également et de vous et de moi; C'est une défiance, un souci pardonnable. Je n'imagine pas que vous me trahissez; Mais je me dis, Son cœur ne m'aime pas assez;

Et dans le doute qui m'accable , Je ne suis que sensible eu vous semblant coupable. Ah ! que n'éprouvez-vous ce prompt saisissement. Ces langueurs, ces ennuis, ces transports, ce délire, A l'aspect, au départ, au retour d'un amant. Cet abandon de tout pour un seul sentiment , Auquel un foible cœur peut à peine suffire ! Vous me pardonneriez ces mouvements jaloux. Tout m'est indifférent au monde, excepté vous. Quand mes yeux ont en vain cherché votre présence. Je suis dans un désert au sein d'un peuple immense. Le solitaire asile où je vous aperçoi.

Des biens de l'univers est enrichi pour moi. Et ne présumez pas que mon cœur exagère ; Tous mes goûts , mes plaisirs, sont ici concentrés : L'élément où je vis, l'air qui m'est nécessaire.

Page 1