‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 24 sur 208 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

M. LISBAN, MADAME LISE AN, MARTHON.

M. LISBAN.

Ih bien, quoi! qu'est-ce enfin qu'une prompte migraine,

Qu'un bizarre refus de souper chez Dormène?

Ah ! je vois ce que c'est , et j'en ris de bon cœur :

Un peu de jalousie altère ton humeur.

Tu ne saurois tenir ton époux en lisière ;

Il faut un peu... Tu ris? va , ne fais pas la fière.

C'est fort bien fait a toi de m'ainier tendrement :

Mais il me faut aimer plus raisonnablement;

Me laisser, sans chagrin, sans crainte, sans murmure,

Aller, venir, courir, rôder à l'aventure.

Ne fais donc ])lus l'enfant, viens souper avec nous.

M"ie LISBAN.

J'irois, si j'éprouvois un sentiment jaloux . Mais je suis rassurée.

M. LISBAN.

Eh! tu braves Pormène?...

Il faut donc te quitter, et croire à ta migraine , .Soit... A propos, sais-tu la nouvelle du jour'

M"><^ LISBAN.

Quoi?

M. LISBAN.

Tous les officiers ont ordre de la cour De joindre leurs drapeaux et de partir sur l'heure.

la HEUREUSEMENT.

Mme LISE AN.

Eh! Liiidor va partir?

M. LISBAK.

Quoi! veux-tu qu'il demeure?

Eh mais ! ce départ-là paroît te chagriner?

Mme L I s B A K .

Je ae le cèle pr..s : faut-il .s'eji étonner? C'est un enfant, monsieur, que vous aimez, que j'aime.

M. LISE AN

Oui ; mais il faut aimer cet enfant pour lui-même. Et que scroit-ce donc que ton beau désespoir, Si ton mari partoit?

MARTH ON.

Eh ! partez, pour le voir.

M. LISE AN, à Marthon.

Ma foi, qu'elle est heureuse étant ainsi formée , Marthon , de n'avoir pas un mari dans l'armée !

(à sa femme.) Mais la , console-toi du départ de Lindor; Ce n'est pas un mari que lu perds.

MARTHON, à part.

Le butor !

[haut.) Si vous partiez, monsieur, jugez mieux de son ame, Vous ne connoissez pas la force de madame ; L'honneur la soutiendroit. Oh ! nous aurions ici Bonne grâce à trembler pour les jours d'un mari. Des Françaises, morbleu !

■^^. LisBAN.

Quel beau zèle t'enflamme !

SCftXE II. i3

Marthoii est un César; ma femme est une feniino , Et je te réponds bien de. son foible pour nous.

(à sn femme.) Adieu, tu revexTas bientôt ton cher époux. Je ne te donne pas le bonsoir, ma petite, Je te le garde.

MARTHON.

Allez, nous vons en tenons quitte.

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