ACTE I, SCÈNE IV. ç
lets, s'ils ne le laissent pas entrer cVaboril; dans le cabinet contre les ministres, s'ils ne lui font pas excuse du moindre retard: il dira, «Vous «devez rae connoitre, messieurs» (à des gens (|ui n'auront peut-être jamais entendu parler de lui); et si l'on ne le connoît pas, si on lui fait la plus légère observation sur l'affaire de Teleim, il sera d'abord aux champs, dira du mai des ministres, des commis, les traitera d'envieux, de fiipons et de sots; et tout sera perdu.
FiNCHETïE.
Oui, mais il revient aussitôt.
MINNA
Eh! les gens offensés reviennent-ils de même? Et si Têleinî n'étoit pas justifie , autre embarras : qui viendrait à bout de ce singulier personnage?.. Ne m'a-t-il pas écrit une belle lettre, ce Téleim? Non ; il y a des moments où je suis tentée de le haïr.
FASCHETTE.
Us sont courts, heureusement.
MIN> A
11 est vrai, Fanchette. F^h! ne dois-je pas en effet lui pardonner cette injuste délicatesse qui l'éloigné en ce moment de moi? Elle a quelque chose de si noble, de si héroïque, de si imposant!... Non; il me semble que Téleim est un être
privilégié qui fait honte au reste de la terre ; oui, Fanchette, oui... De là peut-être un peu d'indiscrétion et de franchise dans mon goût pour lui.
FANCHETTE
Il faut hien avouer ce qu'on ne peut pas cacher.
MINN.\.
Et ce qu'on ne doit pas cacher. J'aime Téleim, non pas comme on aime les autres hommes, avec cette défiance et cette réserve qu'inspirent les mépris qu'on a pour l'humanité, et les préjugés dans lesquels on est élevé; je l'aime avec sécurité, je le lui avoue avec franchise, je n'eu fais mystère à personne, parceque je ne crains, ni le puhlic, ni mon amant, ni moi-même. H y a des passions qui en imposent même à la perversité des mœurs. Qui pourrois-je aimer qui valût mieux que lui, et qui répondit mieux au puhlic de la délicatesse de mes sentiments?
FANCHETTE
N'êtes-vous pas veuve d'ailleurs, veuve affligée de dix-neuf ans, mais enfin maîtresse de vos actions?
Mais, quand je serois encore sous la puissance paternelle, je ne mettrois guère moins de franchise dans mes procédés. Je dirois à mes parents,