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ACTE Ilf, SCÈNE II. ii

TÉI.EIM.

Ah! Minna, un tronc et vous, je ne balancerois pas : mais je ne puis vous tendre la main pour vous attirer dans le précipice.

MI>iN A.

Mais vous avez de sin^^ulières idées. . . Vous craignez de m'associer à votre .sort; et c'est ce refus de votre main qui va me déshonorer. Oui, monsieur, voilà le seul tort que vous puissiez me faire. Nos Saxonnes ont connu mon amovir, ma foiblesse; toutes m'ont envie le bonheur d'avoir pu vous fixer.

T É L E I M , avec un rire amer.

Ah! oui, je connois les femmes. Elles vous envieront le partage de mon infortune!... Non, madame, non, l'heureuse Minna n'est point faite pour le malheureux Téleim.

MIÎiN.\.

Et moi, je vous dis que nous n'avons jamais été mieux faits l'un pour l'autre. Nous avons mille choses à partager; moi vos chagrins, et vous mes consolations. Je ne suis pas, à la vérité, la moins heureuse dans ce partage; mais vous m'aimez trop pour m'envier cet avantage sur vous. O mon cher Téleim ! voilà des vérités de sentiment incontestables. Estimez-vous; c'est

la justice que vous vous devez : aimez-moi; c'est la consolation que je vous offre : acceptez ma main; vous le devez à ma réputation.

TÉLEi.M, attendri.

Vous vous trompez, Minna, ou plutôt vous cherchez à vous tromper A'ous-même; et je n'ai jamais essuyé un plus rude combat entre l'amour et le devoir. Je ne connois, ni l'ambition ni l'avarice, ni toutes les passions qui tyrannisent les hommes; (avec toute l'expressio)i du sentiment) je ne connois que l'amour, et l'amour que vous m'inspirez; sans vous, point de dédommagement pour moi dans le monde; avec vous, point de regrets dans un désert; !e ciel même, le ciel n'a point de bienfaits pour moi sur la terre , s'il les sépare de vous. Voilà votre Téleim, voilà ce qu'il sera jusqu'au dernier soupir, et vous n'en doutez pas. ( avec fermeté?) Mais rien ne peut me faire oublier ce que je me dois, et ce que je vous dois à vous-même. Oui, dans ce moment, où je vous retrouve contre toute apparence, où vous enflammez mon ame par l'aspect du bonheur, on votre générosité, votre délicatesse, votre amour, devroient tout surmonter dans mon cœur; dans ce même moment, j'ai le courage de vous annoncer que, si le roi ne me rend pas mon état, mon honneur...

ACIK IH, SCENE 11. 1.7

N'achevez pas, 'l^'leiin.

TÉLEiM,aiiec noblesse et fermeté.

J'achèverai, madame. Je vais, dans l'instant, avoir un entretien qui décidera peut-être de mon sort. Le directeur de la caisse de guerre m'attend. J'y vole, (^avec transport.) Si tout est change pour moi, vous concevez l'excès de mon bonheur, {^dii Ion le plus sombre.) Si l'injustice des hommes en a autrement ordonne', plus de Minna pour Teleim , plus rien pour Téleim. Adieu, madame. [Il s'éshappe.)

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