‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 161 sur 326 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

Chez le cousin Sanspair je cherchois la cousine; N'a-t-elle point encor paru sur l'horizon?

GOR JU.

Non ; mais elle est levée.

LE BARON

Et j'en sais la raison.

Depuis quelle me voit, entre nous, je soupçonne Qu'elle a de grands désirs de devenir baronne, Et que ces desirs-là prennent sur son sommeil. Le goût qu'elle a pour moi hâte un peu son réveil. N'est-il pas vrai, Gorju?

GORJU

Ma foi, j'en doute encore.

LE BARON

Moi , je suis caution que la folle m'adore. Dès qu'elle m'aperçoit, elle court se cacher, Afin, n'en doute point, que j'aille la chercher. Comme j'ai de l'esprit, j'entrevois sa finesse.

GORJU

Et vous a-t-elle dit quelques mots de tendresse?

LE BARON

A peu près. L'autre jour, lui faisant les yeux doux, Je luis dis : « Vous voyez votre futur époux. »

GORJU

Bon ! Que répondit-elle?

LE BARON

Elle se prit à rire.

Tu vois bien, mon enfant, ce que cela veut dire.

25o L'HOMME SINGULIER.

GORJU

Vraiment oui je le vois.

- LE BARON

Une fille qui rit Est bien aise.

GORJU

A coup sûr. Morbleu ! vive l'esprit.

D'abord de ce qu'on voit on pénétre la cause.

LE BARON

Je té dirai bien plus, mon cher; mais, bouche close : Hier sur mon sujet mon cousin la pressoit.

( en riant. ) Elle lui répondit qu'elle me haïssoit.

GORJU

C'est là de l'amour ?

LE BARON

Oui. La fille est comme un songe Croyez ce qu'elle dit, vous croyez un mensonge. Ainsi, lorsque je vois la cousine Sanspair Faire avec moi la fière, et prendre son grand air, Aussitôt je m'écrie : « Ah ! charmante pouponne î « Tu caches finement l'amour que je te donne. *

GORJU

Que répond la cousine à cela?

LE BARON

Pas le mot. Ou bien elle me dit : « Ah! que vous êtes sot! « L'ennuyeux campagnard ! » Et tout cela m'enchant

GORJU

Cette preuve d'amour est subtile et touchante.

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