ACTE I, SCENE VIII. a5i
LE BARON
Oui; pudeur enfantine. Un badaud de Paris Prendroit ce discours-là pour haine ou pour mépris : Mais on n'impose pas aux seigneurs de province. Sais-tu bien que chez moi je suis un petit prince?
GORJU
Sans doute, je le sais. Irez-vous à la cour?
LE BARON
Oh ! fi! Pour les barons c'est un maudit séjour ; Et l'on dit qu'ils y font une triste figure. Je vais dans mes états emmener ma future ; A ses yeux mes vassaux sauront se distinguer ; 'Et même mon bailli viendra nous haranguer.
GORJU
^Est-ce un grand orateur?
LE BARON
Orateur admirable.
^J parle poitevin comme Cicéron.
GORJU
Diable I
LE BARON
Les esprits de Poitou sont fins et délicats;
4A m'entendre, je crois, que tu n'en doutes pas.
GORJU
Malepeste! s'ils ont votre délicatesse,
On peut dire qu'ils sont de la plus fine espèce.
La cousine aura lieu de se bien divertir.
LE BARON
ïïlle est un peu grossière , à ne te point mentir : Mais nous la polirons. Ah ! quelle sera fière
D'être dame d'un lieu tel que la Garouffière! Elle verra, mon cher, un merveilleux séjour; Château fortifié, grands fossés secs autour; Plus de jardins ni d'eaux, car je hais les vétilles. J'ai fait couper les bois, j'ai détruit les charmilles; Coupe qui m'a valu près de cent mille écus : Et, pour ne plus laisser d'ornements superflus, La charrue à présent laboure mon parterre. D'un parc de mille arpents j'ai su faire une terre, Afin de ne voir plus mille sots curieux Qu'attiroit tous les jours la beauté de ces lieux. Nous ne prenons plus l'air que sur une esplanade, Ou nous allons dehors chercher la promenade.
GORJU
Vous aimez le champêtre.
LE BARON. m
Oui , c'est ma passion ; Et tout ce qui sent l'art est mon aversion.
GORJU
Je ne m'étonne plus si mon maître vous aime : Il peut vous regarder comme un autre lui-même.
LE BARON
Aussi fait-il. Où donc est allé le cousin?
GORJU
Il s'habille, et s'en va visiter un voisin.
LE BARON
A la bonne heure. Allons faire un tour de cuisine. Quand j'aurai déjeuné, j'irai voir la cousine.
FIN DU PREMIER ACTE
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