ACTE I, SCÈNE Vil
LA COMTESSE
Vous me surprenez ; je croyois que c'étoit à Paris que l'on apprenoit les belles manières.
M. DES MASURES
Eh ! fi donc , avec votre Paris ! On n'y a pas le sens commun. Le diable m'emporte, madame, si on y sait ce que c'est que cérémonie. Qu'un homme de qualité, comme moi, par exemple, passe dans vingt rues de suite, il ne se trouvera pas un faquin qui le regarde, ni qui s'avise de le saluer. Les conditions n'y sont point distinguées. Un petit commis de la douane y marche aussi fièrement qu'un colonel, et vous prendriez une procureuse au Châtelet pour une présidente.
LA PRÉSIDENTE
Pour une présidente! mais en vérité cela est monstrueux.
M. DES MASURES-
Je veux être un coquin, madame, si je n'en suis scandalisé jusqu'au fond du cœur. La première visite que je rendis à Paris, ce fut chez une dame de condition , qui a l'honneur d'être un peu de mes parentes. Vous jugez bien que je pris la précaution de me faire annoncer, afin qu'on mé fît les civilités qui m'étoient dues. Je crus qu'au nom de monsieur des Masures, il s'alloit faire
un mouvement général , et que chacun se lève-
roit pour m'offrir sa place...
Cela étoit dans l'ordre.
M. DES MASURES
Je veux être damné, si, de dix hommes et d'autant de dames qui jouoient dans la salle, une seule ame se leva pour me faire honneur. La dame du logis, sans quitter ses cartes ni souffrir que personne s'interrompît, se contenta de crier: Holà, quelqu'un, approchez un siège à monsieur. Ensuite, après m'avoir invité légèrement à m'asseoir, elle se remit à jouer sur nouveaux frais. Quand je sortis, je fis grand hruit, afin que tout le monde se levât pour me reconduire.
LE BARON
Ehhien?
M. DES MASURES
Bon! j'étois hors de la salle, qu'on ne s' étoit pas seulement aperçu que je me fusse levé. J'allai dans deux ou trois autres maisons; croiriez-vous / bien que j'y fus reçu avec aussi peu de cérémonie?
LA COMTESSE
En vérité, cela crie vengeance.
M. DES MASURES
-Oh ! je m'en vengeai bien aussi.