‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 43 sur 326 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

je serois bien plus flattée, si vous m'accordiez le jugement et la raison; heureuses et rares qualités!

LA PRÉSIDF^TE.

Vous les avez aussi : nous n'en doutons pas.

ANGELIQUE

Dites que je les avois, mais que je les ai perdues.

LA COMTESSE

Cela ne nous paroît point.

ANGÉLIQUE

Vous ne vous en apercevrez peut-être que trop tôt. Si vous me voyiez dans mes noires vapeurs... (Elle se met à rêver. )

la comtesse, à part.

Oh ! oh ! la voilà tombée dans une profonde rêverie, (haut.) Pourroit-on savoir, mademoiselle, à quoi vous pensez si sérieusement? Angélique, feignant de sortir de sa rêverie.

Ne pourrois-je point, tandis que je suis seule, me fixer à l'un de ces deux différents systèmes de la physique moderne?

LA PRÉSIDENTE

Tandis qu'elle est seule ?

LA COMTESSE

Il y a du dérangement dans cet esprit-là.

ANGÉLIQUE

J'aime les tourbillons ; mais j'ai peine à résis-

ter à l'attraction. Descartes me ravit, et Newton

m'entraîne.

LA COMTESSE

Mademoiselle, laissez ces matières abstraites, et songez que nous sommes avec vous.

Angélique, feignant de la surprise.

Ah ! c'est vous , madame la comtesse : vous venez à propos pour me déterminer, et je suivrai votre avis. Le système des tourbillons vous paroît-il préférable à celui de l'attraction?

Oh! je suis furieusement pour l'attraction. J'aime tout ce qui attire.

ANGÉLIQUE

Je m'en étois doutée. Et madame la présidente?

LA PRÉSIDENTE

Pour moi, je me jette à corps perdu dans les tourbillons, (au président.) Je ne sais ce que je dis, mais il faut lui répondre.

• la comtesse, à la présidente.

Vous faites bien. Je me trompe fort si cette aimable personne n'extravague pas de temps en temps.

la présidente, à la comtesse.

Je crois qu'à force d'étudier, elle s'est brouillé la cervelle.

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