ACTE III, SCÈNE II
je serois bien plus flattée, si vous m'accordiez le jugement et la raison; heureuses et rares qualités!
LA PRÉSIDF^TE.
Vous les avez aussi : nous n'en doutons pas.
ANGELIQUE
Dites que je les avois, mais que je les ai perdues.
LA COMTESSE
Cela ne nous paroît point.
ANGÉLIQUE
Vous ne vous en apercevrez peut-être que trop tôt. Si vous me voyiez dans mes noires vapeurs... (Elle se met à rêver. )
la comtesse, à part.
Oh ! oh ! la voilà tombée dans une profonde rêverie, (haut.) Pourroit-on savoir, mademoiselle, à quoi vous pensez si sérieusement? Angélique, feignant de sortir de sa rêverie.
Ne pourrois-je point, tandis que je suis seule, me fixer à l'un de ces deux différents systèmes de la physique moderne?
LA PRÉSIDENTE
Tandis qu'elle est seule ?
LA COMTESSE
Il y a du dérangement dans cet esprit-là.
ANGÉLIQUE
J'aime les tourbillons ; mais j'ai peine à résis-
ter à l'attraction. Descartes me ravit, et Newton
m'entraîne.
LA COMTESSE
Mademoiselle, laissez ces matières abstraites, et songez que nous sommes avec vous.
Angélique, feignant de la surprise.
Ah ! c'est vous , madame la comtesse : vous venez à propos pour me déterminer, et je suivrai votre avis. Le système des tourbillons vous paroît-il préférable à celui de l'attraction?
Oh! je suis furieusement pour l'attraction. J'aime tout ce qui attire.
ANGÉLIQUE
Je m'en étois doutée. Et madame la présidente?
LA PRÉSIDENTE
Pour moi, je me jette à corps perdu dans les tourbillons, (au président.) Je ne sais ce que je dis, mais il faut lui répondre.
• la comtesse, à la présidente.
Vous faites bien. Je me trompe fort si cette aimable personne n'extravague pas de temps en temps.
la présidente, à la comtesse.
Je crois qu'à force d'étudier, elle s'est brouillé la cervelle.