ACTE III, SCÈNE VI. i
LE BARON
Premièrement, je juge par ses traits, et je vois à votre air en même temps, car je vous examine tous deux très attentivement , qu'il a grande opinion de lui-même, et que vous en avez une très médiocre; qu'il s'aime beaucoup, et que vous ne l'aimez guère.
le marquis, à la baronne.
Vous voyez bien que cet homme-là n'est qu'un ignorant.
LA BARONNE
Moi, je crois qu'il est sorcier... (au baron.) Poursuivez, docteur.
LE BARON
Il sera furieusement traversé dans ses amours , et cela tout au plus tôt.
LE MARQUIS
Autre impertinence.
JVse l'assurer, de plus, et je l'en convaincrai, qu'il n'habitera jamais dans la maison de la baronne de l'Arc.
le marquis, voulant le tirer par la barbe.
Dis-moi un peu , vieux Merlin , ton impudence n'a-t-elle jamais excité quelqu'un à te traîner par la barbe?
i58 LE TAMBOUR NOCTURNE.
LA BARONNE
Doucement, monsieur le marquis ; vous vous fâchez, et devant moi vous n'avez pas le courage de vous laisser dire votre bonne aventure?
Lt BARON.
Qu'il se fâche, s'il veut ; cela ne m'empêchera pas de lui prédire qu'il mourra dans peu.
LE MARQUIS
Pousse, pousse, mon ami. Tu es en sûreté' maintenant ; j'ai du respect pour les dames. Dieu me damne! ses contes me font rire... (riant d'une manière forcée. ) Ha , ha !
LA BARONNE
Il mourra dans peu, dites-vous; et de quel genre de mort?
LE BARON
Il mourra de peur.
le marquis, voulan t tirer son épée.
Moi, faquin ! je mourrai de peur?
la baronne, le retenant.
Arrêtez... IVavez-vous point de honte de vouloir tuer un vieillard désarmé?
LE MARQUIS
Lui, vieillard? Le faquin dit qu'il n'a que trente ans.
LE BARON
Ce n'est pas devant les dames qu'il faut se