‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 213 sur 265 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA COMTESSE, BÉGEARSS

L\ COMTESSE, douloureusemeut.

Ah ! mon pauvre major ! que se passe-t-il done ici ? Touchons-nous enfin à la crise" que j'ai si long-temps redoute'e, que j'ai vue de loin se former? L'éloignement du comte pour mon malheureux fils semble augmenter de jour en jour. Quelque lumière fatale aura pénétré jusqu'à lui.

BÉGEARSS

Madame , je ne le crois pas.

Depuis que le ciel m'a punie par la mort de mon fils aîné,je voisle comte absolument changé: au lieu de travailler avec l'anabassadeur à Rome pour rompre les vœux de Léon , je le vois s'obstiner à l'envoyer à Malte. — Je sais de plus , monsieur Bégearss , qu'il dénature sa fortune, et veut abandonner l'Espagne pour s'établir dans ce pays. — L'autre jour à dîner, devant trente personnes, il raisonna sur le divorce d'une façon à me faire frémir.

BÉGEARSS

J'y étois; je m'en souviens trop.

.io8 LA MERE COUPABLE.

LA COMTESSE, en larmes.

Pardon! mon digne ami; je ne puis pleurer qu'avec vous !

Déposez vos douleurs dans le sein d'un homme sensible.

LA COMTESSE

Enfin, est-ce lui, est-ce vous qui avez déchiré le cœur de Florestine ? Je la desiinois à mon fils. — Née sans biens, il est vrai, mais noble , belle et vertueuse, élevée au milieu de nous; mon fils, devenu héritier, n'en a-t-il pas assez pour deux?

BÉGEARSS

Que trop, peut-être; et c'est d'où vient le mal.

LA COMTESSE

Mais , comme si le ciel n'eût attendu aussi long-temps que pour me mieux punir d'une imprudence tant pleurée, tout semble s'unir à-lafois pour renverser mes espérances. Mon époux déteste mon fils... Florestine renonce à lui. Aigrie par je ne sais quel motif, elle veut le fuir pour toujours. Il en mourra , le malheureux ! voilà ce qui est bien certain. [Elle joint les mains. ) Ciel vengeur, après vingt années de larmes et de repentir, me réservez- vous à l'horreur de voir ma faute découverte ? Ah ! que je sois seule misé-

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