ACTE I, SCENE X
LA COMTESSE
II n'a renoncé qu'à celui qui vous affligeoit tous.
sus ANNE.
Si monseigneur avoit cédé le droit de pardonner, ce seroit sûrement le premier qu'il voudroit racheter en secret.
LE COMTE, embarrasse.
Sans doute.
Et pourquoi le racheter ?
CHÉRUBIN, au comte.
Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, monseigneur; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles...
LE COMTE, embarrassé.
Eh bien! c'est assez...
FIGARO
Qu'entend-il?
LE COMTE, vivement.
C'est assez , c'est assez. Tout le monde exige son pardon , je l'accorde ; et j'irai plus loin, je lui donne une compagnie dans ma légion.
TOUS ENSEMBLE
Kivat!
LE COMTE
Mais c'est à condition qu'il partira sur-le-champ pour joindre en Catalogne..
FIGARO
Ah! monseigneur, demain.
LE COMTE insiste.
Je le veux.
CHÉRUBIN
J'obéis.
Saluez votre marraine, et demandez sa protection.
CHÉRUBIN met un genou en terre devant la comtesse, et ne peut parler.
LA COMTESSE, émue.
Puisqu'on ne peut vous garder seulement aujourd'hui, partez, jeune homme. Un nouvel état vous appelle ; allez le remplir dignement. Honorez votre bienfaiteur. Souvenez-vous de cette maison, où votre jeunesse a trouvé tant d'indulgence. Soyez soumis, honnête et brave; nous prendrons part à vos succès. {Chérubin se relève., et retourne à sa place.)
LE COMTE
Vous êtes bien émue, madame!
LA COMTESSE
Je ne m'en défends pas. Qui sait le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse! Il est allié de mes parents; et de plus, il est mon lillcul.