SCÈNE IX
ARAMINTE, LE COMTE, madame ARGANTE, MARTHON.
ARAMINTE
Marthon, qu'est-ce que c'est qu'un portrait dont monsieur le comte me parle, qu'on vient d'apporter ici à quelqu'un qu'on ne nomme pas, et qu'on soupçonne être le mien? Instruisez-moi de cette histoire-là-
MARTHON, d'un air rêveur.
Ce n'est rien, madame; je vous dirai ce que c'est : je l'ai démêlé après que monsieur le comte a été parti. Il n'a que faire de s'alarmer ; il n'y a rien là qui vous intéresse.
LE COMTE
Comment le savez-vous, mademoiselle? Vous n'avez point vu le portrait.
MARTHON.
N'importe ; c'est tout comme si je l'avois vu. Je sais qui il regarde ; n'en soyez point en peine,
LE COMTE
Ce qu'il y a de certain, c'est un portrait de
femme, et c'est ici qu'on vient chercher la personne qui l'a fait faire, à qui on doit le rendre; et ce n'est pas moi.
D'accord. Mais quand je vous dis que madame n'y est pour rien , ni vous non plus...
ARAMINTE
Eh bien ! si vous êtes instruite , dites-nous donc de quoi il est question ; car je veux le savoir. On a des idées qui ne me plaisent point. Parlez.
M»ne ARGANTE.
Oui, ceci a un air de mystère qui est désagréable. Il ne faut pourtant pas vous fâcher, ma fille : monsieur le comte vous aime , et un peu de jalousie, même injuste, ne messied pas à un amant.
LE COMTE
Je ne suis jaloux que de l'inconnu qui ose se donner le plaisir d'avoir le portrait de madame. ARAMiNTE, Vivement.
Comme il vous plaira, monsieur; mais j'ai entendu ce que vous vouliez dire, et je crains un peu ce caractère d'esprit-là. Eh bien, Marthon.
MARTHON.
Eh bien, madame! voilà bien du bruit! c'est mon portrait.