ACTE III, SCÈNE V
à monsieur le comte que voilà, et qui doit épouser ma fille.
M. REMI, élevant la voix.
Celui-ci est nouveau ! Mais, madame, dès qu'il n'est pas à vous, il me semble qu'il n'est pas essentiel qu'il vous plaise. On n'a pas mis dans le marché qu'il vous plairoit : personne n'a songé à cela; et pourvu qu'il convienne à madame Araminte, tout doit être content. Tant pis pour qui ne l'est pas. Qu'est-ce que cela signifie?
Mme ARGANTE.
Mais vous avez le ton bien rauque, M. Rémi.
M. REMI
Ma foi ! vos compliments ne sont point propres à l'adoucir, madame Argante.
LE COMTE
Doucement, monsieur le procureur, doucement; il me paroît que vous avez tort.
M. REMI
Comme vous voudrez, monsieur le comte, comme vous voudrez; cela ne vous regarde pas. Vous savez bien que je n'ai pas l'honneur de vous connoître, et nous n'avons que'faire ensemble, pas la moindre chose.
Que vous me connoissiez ou non, il n'est pas si peu essentiel que vous le dites que votre neveu
286 LES FAUSSES CONFIDENCES, plaise à madame. Elle n'est pas une étrangère dans la maison.
M. REMI
Parfaitement étrangère pour cette affaire- ci , monsieur ; on ne peut pas plus étrangère : au surplus, Dorante est un homme d'honneur, connu pour tel , dont j'ai répondu , dont je répondrai toujours, et dont madame parle ici d'une manière choquante.
j^me AR GANTE.
Votre Dorante est un impertinent.
M. REMI
Bagatelle ! ce mot -là ne signifierien dans votre bouche.
Mme A RGANTE.
Dans ma bouche ! A qui parle donc ce petit praticien, monsieur le comte? Est -ce que vous ne lui imposerez pas silence?
M. REMI
Comment donc ! ra'imposer silence , à moi procureur? Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je parle, madame Argante?
Mme ARGANTE.
Il y a dope cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites.