SCÈNE I
LE MARQUIS D'ORVIGNI, THÉODOX.
LE MARQCtS.
J'allois me plaindre à vous.
THÉODON
Ehl de quoi, je vous prie?
LE MARQUIS
D'avoir empoisoiiné tout le cours de ma vie.
THÉODON
C'est me faire un reproche assez mortifiant.
L K MARQUIS
Eu flattant mon amour, en le fortifiant.
Dans mon ame incertaine, et toujours combattue,
Vous avez irrité le poison qui me tue.
Sans \ous, le fol espoir ne m'eût pas enivré.
Et peut-être déjà serois-je délivré
D'un mal qui dans le temps n'étoit pas incurable.
THÉODON
Mon tort est donc bien grand?
LE MARQUIS
Il est irréparable.
THÉODON"
Pourquoi ?
i38 jMÉLANIDE.
LE MARQUIS
Sur votre appui je n'ai que trop compté. Devois-je encore aimer? Je vous ai raconté L'Iiistoire de ce triste et secret hyniéiiée Dont on me fit briser la chaîne fortunée. Vous savez quelle fut la douleur que j'en eus; Et qu'avant emplové Lien des soins superflus A chercher en tous lieux une épouse si chère, Alors pour me venger de; rigueurs de mon père, Je me promis du moins le reste de mes jours De fuir également l'hymen et les amours. Vaine promesse! Helas! qu'est-elle devenue? Sans vous, cruel ami, je l'aurois mieux tenue.
TH ÉODON.
J'aurois quelque reproche à vous faire à mon tonr. Avois-je mendié l'aveu de votre amour?
Votre cœur s'est ouvert sans nulle violence : Quand vous avez rompu ce pénible silence. Vous cherchiez de l'espoir, je vous en ai douné.
LE MARQUIS
C'est de quoi je me plains.
THÉODON
J'en dois être étonné :
Car enfin je n'ai pu ni dû vous fair ■ un crime D'une ardeur qui n'a rien que de très légitime. D'où viennent ces n-mords? Votre épouse n'est plu» Depuis assez long-temps; et croyez au surplus Que , pour peu que sa mort eût é'e moins certaine. Malgré l'arrêt cruel qui brisa votre chaine. Je n'aurois pas laissé mourir uu feu si beau :