D'A R VI ANE
.Me voilà donc instruit de mon sort effroyable.
Grand Dieu! quel en est donc l'auteur impitoyable?
Hélas! je l'aurois su, si j'avois pu calmer
Mes esprits et mes sens, trop prompts à s'allumer.
A sa discrétion j'aurois été me rendre;
Peut-être sa pitié... Que devois-jeen attendre,
Puisque tant de vertu, jointe à tant de beauté,
N'ont pu de cet ingrat vaincre la cruauté?
Quelle idée imprévue, et peut-être insensée,
Se forme tout-à-coup au fond de ma pensée?
Je ne sais; mais je sens accroître mes soupçons,
Quand je pense aux conseils, aux avis, aux leçons.
Qu'au sujet du marquis j'ai r<!çus de ma mère.
Elle y prend intérêt : quel en est le mystère?
Pourquoi tous ces égards , et ce profond respect
Qu'elle exige pour lui ? Cet ordre m'est suspect.
Ce monsieur d'Orvigni, qu'on veut que je révère,
Seroit-il à-la-fois mon rival et mon père?
Lui?... Dans ce doute affreux, tout se confond en moi,
Haine, désir, terreur, espoir, amour, effroi.
Je ne démêle rien dans ce trouble funeste :
Qui m'en fera sortir?... Mais Théodon me reste :
Il est instruit. Allons, et tâchons d'arracher
Le malheureux secret que l'on veut me cacher.