ACTE m, SCÈNE III. ayS
Elle a tout-à-fait réussi.
Mme ARGANT.
On ne compare point une personne unique.
M. ABG A NT.
Vous pouviez épargner cet éloge ironique.
M"»* ARGANT
Il vous plaît au surplus de me faire un procès Uicu gratuit au sujet de cette préférence Que j'accorde à mon fils. *
M. ARGANT
Mais oui , c'est un excès.
Mme ARGANT.
Est-ce une nouveauté? Suis-je la seule en France? Nous avons ileux enfants : maisjjisage m'absout, Si j'en laisse un des deux au fond d'une clôture.
M. ARGANT
L'égalité, madame, est la loi de nature.
Il n'en faut avoir qu'un, quand on veut qu'il ait tout.
Mme A R G A .N T.
Pouvons-nous mieux placer mon espoir et le vôtre? Il est bien naturel, quand on a le bonheur D'avoir reçu tlu ciel un fils comme le nôtre, De chercher à s'en faire honneur.
M. ARGANT
La nature sans doute en a fait un prodige!
Mme ARGANT.
Elle a versé sur lui ses plus précieux dons; Il peut aller à tout, si nous le secondons.
M. ARGANT
Peut-oa donner dans ce prestige?
i-i L'ÉCOLE DKS MÈRES.
M>"e ARGANT.
Il est homme d'esprit.
M. ARGANT
Qui diable ne l'est pas?
Mme ARGANT.
Homme d'espiil?
M. ARGANT
Mais oui ; rien n'est plus ordinaire.
C'est un titre banal. On ne peut faire un pas Qu'on ne voie accorder ce nom imaginaire A fout venant, à gens qui ne sont bien souvent Que des cerveaux brûlés, des têtes à l'évent,
Que les plus tats de tous les hommes.
Ce qu'on prend pour esprit, dans le siècle où nous sommes
N'est, ou je me tromperois fort,
Qu'une frivole effervescence, Qu'un accès, une fièvre, un délire, un transport, Que l'on nomme autrement, faute de connoissance. j Proverbes, quolibets, folles allusions, /Pointes, frivolités plaisamment habillées, Quelijue superficie , et des expressions
Artistement entortillées;
Joignez-y le ton suffisant, Voilà les qualités de l'esprit d'à présent. Pour moi, mon avis est, dût-il paroître étrange. Que ces petits messieurs, qui sont si florissants, Feroient un marché d'or, s'ils donnoient en échange Tout ce qu'ils ont d'esprit pour un peu de bon sens.