ACTE II, SCÈNE VllI. Sji
JULIETTE
Plus que jamais vos cœurs sont enflammés. Quelle explication faut-il que je vous doiiiie?
(en leur prenant la main.) Ehl trop heureuse encor l'amante qui pardonne!
ANGÉHgOE.
Voilà ce que j'ai craint... Sainville, il n'est plus temps; Je retourne au couvent.
Dieux! qu'est-ce que j'entends!
Vous voulez donc ma mort?
ANGÉLIQUE, à part.
Et sans doute la mienne. V (haut.) J'ai donné ma parole ; il faut que je la tienne.
SAINVILLE
L'amour n'avoit-il pas la vôtre auparavant? Eh! que voulez-vous donc faire dans ce couvent?
ANGÉLIQUE
On est allé pour moi le demander en grâce.
En grâce, dites-vous?
ANGÉLIQUE
Voilà ce qui se passe.
J'en attends la réponse : et je vous dirai plus ; Je tremble.
SAINVILLE
Et de quoi donc?
ANGÉLIQUE
De n'avoir qu'un refus.
372 LA GOUVERNANTE
SAIN VILLE, d'un ton ironique.
Cette grâce, en effet, doit vous être fort chère!
ANGÉLIQUE, ingciiument. Entendez mes raisons sans vous mettre en colère.
SAIN VILLE
En pouvez-vous avoir pour me désespérer, Lorsqu'à tout l'univers je viens vous préférer? Quand je mets mon bonheur, ma fortune, ma vie, A vous faire régner sur mon ame ravie, A m'assurer la votre, à vous lier à moi Par le don éternel de ma main , de ma foi?
ANGÉLIQUE
Auriez-vous ce dessein ?
SAINVILLE
Pui>-je en avoir un autre?
ANGÉLIQUE
On l'a craint.
SAINVILLE
Justes dieux ! quel soupçon est le vôtre ! il ne vient point de vous; et je vois en ce jour L'horreur qu'on a voulu verser sur mon amour. Et l'effroi qu'on a mis dans le fond de votre ame. Oui, pendant mou absence on vous a peint ma flamme Comme un amusement frivole et criminel.
Qui pourroit vous couvrir d'un opprobre éternel. Avez-vous pu souffrir qu'on me fît cette injure? A-t-on vu dans mon cceur le germe du parjure ' Et de la perfidie ? Et vous qui me blessez , Angélique, est-ce ainsi que vous me connoissez?