SCÈNE I
ANGÉLIQUE, JULIETTE
J ULIETTE.
Allons, il faut un peu faire tête à l'orafje.
ANGÉLIQUE
Trop de confusion a glacé mon courage.
JULIETTE
L'amour est cependant fait pour en inspirer.
ANGÉLIQUE
Je ne puis que rougir, me taire, et soupirer.
JULIETTE
Reprenez vos esprits.
ANGÉLIQUE
Non, quoi que je me dise, Je ne puis revenir d'avoir été surprise.
JULIETTE
Pour un petit malheur faut-il se dérouter? La baronne, entre nous, n'est pas à redouter; Elle est femme du monde, et n'en fera que rire ; Pour l'autre, au pis aller, il faut la laisser dire. ,
ANGÉLIQUE
t'est «lie qui me cause aussi le plus d'effroi.
Mo La gouvernante.
Quelle enfauce! Eh! qui peut, malgré vous, malgré me Vous contraindre à rester ainsi sous sa tutelle?
ANGÉLIQUE
Sa raison , sa vertu.
J U LI ETT E.
Je n'en ai pas moins qu'elle.
ASi G É 1. 1 Q u E.
Je ne sais; mais je sens qu'elle ne me dit rien
Qui véritablement ne soit pas pour mon bien :
C'est un fait; mais j'ai beau m'en convaincre moi-même
Quelle conviction tient contre ce qu'on aime?
Quand Sainviile paroît, tout est évanoui.
JULIETTE
Cela se doit; il va venir.
A -\' G É L I Q o E , en regardant de côté et d'autre. Eh ! vraiment oui.
JULIETTE
Arrangez-vous tous deux, tandis que la baronne, Dans le fond du jardin, est avec votre bonne En un grand pourparler.
ANGÉLIQUE
c'est à notre sujet.
JULIETTE
Bon! bon! qu'importe? Adieu, je vais faire le guet