‹ Chefs-d'œuvre dramatiquesChapitre 261 sur 295 · SAINVILLE, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

SAINVILLE, ANGÉLIQUE

Nous nous étions promis qu'une ombre salutaire 1 De nos feux mutuels couvriroit le mystère: Cependant vous voyez que tout est découvert. Vous puis-je ii ce sujet parler à cœur ouvert?

ANGÉLIQUE

Hélas! vous le pouvez; je répondrai de même. Que vois-je dans vos yeux?

SAINVILLE

Mou désespoir extrême.

ANGÉLIQUE

D'où vifllt?

SAINVILLE

Je suis perdu.

ANGÉLIQUE

Vous? Quel trouble est le mien !

SAINVILLE

On pourroit me sauver, mais vous n'en ferez rien. Vous savez que l'amour nous a faits lun pour l'autie.

ANGÉLIQUE

Eh bien?

Vous trahirez et son choix et le vôtre j Les persécutions vous feront succomber; On travaille au malheur où nous allons tomber.

382 LA GOUVERNANTE

ANGÉLIQUE

De quoi nie grondez-voiis? Puis-je aimer davantafje?

SAIX VILLE.

Je veux autant d'amour avec plus de courage.

AXGÉLIQU E.

Laissez-moi vous aimer comme je puis aimer.

s A IN VIL LE.

rson , ce n'est pas assez.

ANGÉLIQUE

Qui peut vous alarmer?

SA IN VILLE

L'instant où je vous parle est le seul qui nous reste : On va vous accorder cette grâce funeste Que votre complaisance a fait solliciter; On saura vous résoudre euBu à l'accepter. Que dis-jel on obtiendra de votre obéissance D'agréer les horreurs d'une éternelle absence.

ANGÉLIQUE

A subir cet arrêt je dois me préparer;

Mais sans nous désunir on peut nous séparer.

Oui, je dois prendre en vous de grandes assurances! Jamais l'eloignement, le temps, les remontrances. Ne pioduiront sur vous leur infaillible effet, Et vous braverez tout, comme vous avez fait! ■

ANGÉLIQUE

Que me reprochez- vous ?

SAINVILLE

Une épreuve cruelle.

ACTK 111. SCÈNE 11. 383

ANGÉLIQUE

Eh ! n'avois-je pas lieu de vous croire iiifltlele?

SAI.N VILLE

Cruelle ! on vous aitloit à vous l'imaginer:

Mais au foiiil du désert où l'on va vous mener,

On ne tardera guère à vous le faire accroire,

A noircir un absent par quelque fausse histoire

(jue l'on aura grand soin de circonstancier;

Et je n'y serai point pour me justifier.

Vos feux ne pourrout pas se nourrir de leurs cendres.

ANGÉLIQUE

Nf m'écrirez-vous pas?

SAINVILLE

Les lettres les plus tendres Ne peuvent soutenir long-temps un foil)le ccpur: Niiti'e ennemie alors usera de noirceur; Les unes en secret seront inteiceptées; Les autres à son gré seront interprétées. La perfide saura, d'un air doux et trompeur, Vous fasciner les yeux de l'esprit et du cœur.

ANGÉLIQUE

Mais je les lirai seule.

SAI .\ VI LLE

Elle les aura vues; Vous n'en recevrez point qu'elle ne les ait lues ; Elle s'en servira, vous dis-je, à mes dépens. Et les supprimera quand il en sera temps.

ANGÉLIQUE

Je vois en frémissant quel péril nous menace.

384 LA GOUVERNANTE

Puis-je le détourner? Que faut-il que je fasse?

s A 1 .\ V I L L E, en tirant un papier. Me croire, m'imiter, et m'en signer autant: Voilà ce que l'amour exige en cet instant;

{en lui donnant l'écrit. ) De notre sûreté c'est là l'unique gage.

ANGÉLIQUE, en prenan t le papier.

Quel est donc ce papier?

SAINVILLE

Le serment qui m'engage A rendre à vos appas un hommage éternel, Le garant et le sceau de ce don solennel , Que vous font à jamais l'amour et l'hyménée. De ma main , de mon cœur, et de ma destinée... Quoi donc! vous hésitez à recevoir ma foi, Et votre main balance à se donner à moi?

Ehl le puis-je?

SAINVILLE, animé.

Comment?

ANGÉLIQUE, tremblante.

Quel courroux vous enflamn

SAINVILLE

L'impossibilité n'est qu'au fond de votre ame. Eh! quel obstacle empêche un nœud si plein d'appas? Hélas ! vous le cherchez, et ne le trouvez pas; Si vous m'avez dit vrai , vous êtes à vous-même , Vous dépendez de vous; votre infortune extrême. Dont je rends grâce au sort, vous met en liberté De choisir qui vous plaît.

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