ACTE III, SCÈNE
ANGÉLIQUE
Oui, c'est la vérité; Je n'ai point de parents, du moins que je connoisse. Mais quoi! puis-je à mon âge être assez ma maîtresse ' Pour que mon seul aveu dispose de ma main ?
SAIN VI LLE
Non , j'atteudois de vous ce refus inhumain.
ANGÉLIQUE
Une raison n'est pas un refus.
SAIN VILLE, à part.
L'inconstante!
Mais si je cousultois...
SA! .\ VILLE
Qui? votre gouvernante ?
Et vous consulterez ensuite votre cœur.
ANGÉLIQUE, éplorée.
Tenez, vous me traitez avec trop de rigueur. Vous me troublez si fort, qu'à peine je respire; Je ne sais déjà plus ce que j'avois à dire.
SAI N V ILL E
Si vous daigniez sur vous faire un juste retour...
ANGÉLIQUE
Eh ! je crains ma raison autant que mon amour.
SAIN VILLE
Croyez donc l'un et l'autre. Eh! comment, je vous prie, M'assurer autrement de vous et de ma vie? .le ne veu< seulement, pour calmer mes frayeurs, Que le titre d'époux : consentez, ou je meurs...
386 LA GOUVERNANTE
ANGÉLIQUE
Ah ciel !
s A IN VILLE.
Je régne , ou non , dans le fond de votre ame ! Le temps nous presse; optez d'accorder à ma tlamme Le titre que Je ciel semble me désigner, Ou de m oter la vie.
AKGÉLIOUE.
Eh bien! je vais signer:
Mais vous eu répondrez.
SAINVILLE
On a bien de la peine A vous faire agréer d'éterniser ma chaîne, A vous faire accepter le plus heureux lien. Est-ce ainsi qu'on se rend ?
ANGÉLIQUE
Vous ne pardonnez rien.
SAINVILLE
Non , sans doute , à l'amour.
ANGÉLIQUE, en lui tendant la main tendrement. Ah ! quelle tjrannie !