‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 106 sur 284 · SCÈNE II. — EuPHÉMON, RoNDON, LisE, Martûe · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — EuPHÉMON, RoNDON, LisE, Martûe

RONDON. Approchez, venez. Lise ; Ce jour pour vous est un grand jour de crise. Oue je le donne un man jeune ou vieux, Ôtt laid ou beau, triste ou gai, riche ou gueux.

Ne sens-tu pas des désirs de lui plaire,

Du goût pour lui, de l'amiour ?

USE. Non, mon père.

RONDON. Comment, coquine?

EUPHÉMON. Ah! ah ! notre féal,

Votre pouvoir va, ce semble, un peu mal.

Qu'est devenu ce despotique empire?

BONDON. Comment? après tout ce que j'ai pu dire.

Tu n'aurais pas un peu de passion

Pour ton futur époux?

LISE. Mon père, non.

RONDON. Ne sais-tu pas que le devoir t'oblige

A lui donner tout ton cœur?

LISE. Non, vous dis-je.

Je sais, mon père, à quoi ce nœud sacré

Oblige un cœur de vertu pénétré ;

Je sais qu'il faut, aimable en sa sagesse.

De son époux mériter la tendresse.

Et réparer du moins par la bonté

Ce que le sort nous refuse en beauté ;

Etre au dehors discrète, raisonnable ;

Dans sa maison, douce, égale, agréable;

Quant à l'amour, c'est tout un autre point :

Les sentiments ne se commandent point.

N'ordonnez rien ; l'amour suit l'esclavage.

De mon époux le reste est le partage.

Mais pour mon cœur, il le doit mériter :

Ce cœur au moins difficile à dompter,

Ne peut aimer ni par ordre d'un père.

Ni par raison, ni par-devant notaire.

EUPHÉMON. C'est à mon gré raisonner sensément;

J'approuve fort ce juste sentiment.

C'est à mon fils à tâcher de se rendre

Digne d'un cœur aussi noble que tendre. BONDON. Vous tairez-vous, radoteur complaisant,

Flatteur barbon, vrai corrupteur d'enfant?

Jamais sans vous ma fille bien apprise

N'eût devant moi lâché cetle sottise.

A Lise. Ecoute, toi : je te baille un mari

Tant soit peu fat, et par trop renchéri ;

Mais c'est à moi de corriger mon gendre :

Toi, tel qu'il est, c'est à toi de le prendre ,

De vous aimer, si vous pouvez, tous deux,

Et d'obéir à tout ce que je veux :

C'est là ton lot; et toi, notre beau-père.

Allons signer chez notre gros notaire.

Qui vous alonge en cent mots superflus

Ce qu'on dirait en quatre tout au plus.

Allons hâter son bavard griffonnage;

Lavons la tête à ce large visage;

Puis je reviens, après cet entretien.

Gronder ton fils, ma fille et toi.

EUPHÉMON. Fort bien.

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