‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 110 sur 284 · SCÈNE I. — Lise , Marthe · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — Lise , Marthe

AUTHE. Vous frémissez en voyant de plus près Tout ce fracas, ces noces, ces apprêts.

LISE. Ah! plus mon cœur s'étudie et s'essaie, Plus de ce joug la pesanteur m'effraie : A mon avis, l'hymen et ses liens Sont les plus grands ou des maux ou des biens. Point de milieu ; l'état du mariage Est des humains le plus cher avantage, Quand le rapport des esprits et des cœurs. Des sentiments, des goûts, et des humeurs^ Serre ces nœuds tissus par la nature, Que l'amour forme, et que l'honneur épure. Dieux ! quel plaisir d'aimer publiquement, Et de porter le nom de son amant!

Votre maison, vos gens, votre livrée.

Tout vous retrace une image adorée; Et vos enfants, ces gages précieux, Nés de l'amour, en sont de nouveaux nœuds. Un tel hymen, une union si chère.

Si l'on en voit, c'est le ciel sur la terre. Mais tristement vendre par un contrat Sa liberté, son nom et son état :

Aux volontés d'un maître despotique.

Dont on devient le premier domestique ; Se quereller, ou s'éviter le jour ; Sans joie à table, et la nuit sans amour; Trembler toujours d'avoir une faiblesse, Y succomber ou combattre sans cesse; Tromper son maître, ou vivre sans espoir. Dans les langueurs d'un importun devoir; Gémir, sécher dans sa douleur profonde:

IJn tel hymen est l'enfer de ce monde.

MARTHE. En vérité, les filles, comme on dit. Ont un démon qui leur forme l'esprit : Que de lumière en une âme si neuve!

La plus experte et la plus fine veuve. Qui sagement se console à Paris D'avoir porté le deuil de trois maris.

N'en eûi pas dit. sur ce point davantage. Mais vos dégoûts sur ce beau mariage Auraient besoin d'un éclaircisscnient.

, L'hymen déplaît avec le président;

Vous plairait-il avec monsieur sou frère? Débrouillez-moi, de grâce, cemyslcro:

L'ai né fait-il bien du tort au cadet'/ Haïssez vous? aimez-vous? pailez net.

— lo.'j —

LISE. Je n'en sais rien ; je ne puis el je n'ose

De mes dégoûts bien déinôler la cause.

Comment ciiercher la triste vérité

Au fund d'un cœur, fiélas! trop agité?

Il faut au moins, pour se mirer dans l'onde.

Laisser calmer la tempête qui gronde,

Et que l'orage et les vents en repos

Ne rident plus la surface des eaux.

MARTHE. Comparaison n'est pas raison, madame :

On lit très bien dans le fond de son ame,

On y voit clair ; et si les passions

Portent en nous tant d'agitations,

Fille de bien sait toujours dans sa tôte

D'où vient le vent qui cause la tempête.

On sait...

LISE. Et moi, je ne veux rien savoir;

Mon œil se ferme et je ne veux rien voir :

Je ne veux point chercher si j'aime encore

Un malheureux qu'il faut bien que j'abhorre;

Je ne veux point accroître mes dégoûts

Du vain regret d'un plus aimable époux.

Que loin de moi cet Euphémon, ce traître,

Vive content, soit heureux, s'il peut l'être;

Qu'il ne soit pas au moins déshérité :

Je n'aurai pas l'affreuse dureté,

Dans ce contrat où je me détermine.

D'être sa sœur pour hâter sa ruine.

Voilà mon cœur; c'est trop le pénétrer:

Aller plus loin serait le déchirer.

SCÈXE II. — Lise , Marthe , un Laquais. LE LAQUAIS. Là-bas, madame, il est une baronne

De Croupillac...

LISE. Sa visite m'étonne.

LE LAQUAIS. Qui d'Angoulême arrive justement.

Et veut ici vous faire compliment.

LISE. Hélas! sur quoi?

MARTHE. Sur votre hymen, sans doute.

LISE. Ah! c'est encor tout ce que je redoute.

Suis-je en état d'entendre ces propos.

Ces compliments, protocole des sots.

Où l'on se gêne, ou le bon sens expire

Dans le travail de parler sans rien dire?

Que ce fardeau me pèse et me déplaît !

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