‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 192 sur 284 · SÉMIRAMIS · texte numérisé non relu

SÉMIRAMIS

Quels transports ! quels discours! qui, moi, que je vous fuie! Éclaircissez ce trouble, insupportable, affreux, Qui passe dans m.on âme, et fais deux malheureux. Les traits du désespoir sont sur votre visage; De moment en moment vous glacez mou courage ; Et vos yeux alarmés me causent plus d effroi Que le ciel et les morts soulevés contre moi. Je tremble en vous offrant ce sacré diadème; Ma bouche en frémissant prononce : Je vous aime ! D'un pouvoir inconnu l'invincible ascendant M'entraîne ici vers vous, m'en repousse à i instant, Et, par uvi sentiment que je ne puis comprendre. Mêle une horreur affreuse à l'amour le plus tendre, àRZACE. Haissez-moi !

tiËMmAMis. Cruel ! non, lu ne le veux pas.

Mon cœur suivra ton cœur, mes pas suivront tes pas. Quel est donc ce billet que les yeux pleins d'alarraes Lisent avec horreur et trempent de leurs larmes? Conlient-ils les raisons de tes refus affrçux ? ARZAce. Oui.

sÉMiRAMis. Donne.

ABZACE. Ah! je ne puis... osez-vous?...

SF.MiiwMis. Je le veux.

ARZACE. Laissez-moi cet écrit horrible et nécessaire... sÉMmA.Mis. D'où le tiens-tu ?

ABZACE. Des dieux.

SÉMIRAMIS. Qui l'écrivit?

ARZACE. Mon père.

sÉMiBAUis. Que me dis-tu?

ARZACE. Tremblez.

sÉMiRAiiis. Donne : apprends-moi mon sorU ARZACE. Cessez... à chaque mol vous trouveriez la mort. SÉMIRAMIS. N'importe; éclaircissez ce doute qui m'accable;

Ne me résistez plus, ou je vous crois coupable. ARZACE. Dieux, qui conduisez tout, c'est vous qui m'y forcez 1 SÉMIRAMIS, prenant le billet.

Pour la dernière fois, Arzace, obéissez. ABZACE. Eh bien ! que ce billet soit donc le seul supplice

Qu'à son crime, grand Dieu, réserve ta justice! Sémiramis lit. Vous allez trop savoir, c'en est fait.

SÉMIRAMIS, à Otane. Qu'ai-je lu?

Soutiens-moi, je meTneurs...

ARZACE. Hélas: tout est connu.

SÉMIRAMIS, revenant à elle, après un long silence. Eh bien! ne tarde plus, remplis ta destinée; Punis celte coupable-et celle infortunée; Étouffe dans mon sang mes détestables fevï. La nature trompée est horrible à tous deux. Venge tous mes forfaits; venge la mort d'un père : Reconnais-moi, mon fils; frappe et punis ta mère. ABZACE. Que ce glaive plutôt épuise ici mon flanc De ce sang malheureux formé de votre sang ! Qu'il perce de vos mains ce cœur qui vous révère, Et qui porte d'un fils le sacré caractère!

SÉMIRAMIS, se jetant à genoux.

Ah ! je fus sans pitié ; sois barbare à ton tour ; Sois le fils de Ninus en m'arrachant le jour. Frappe. Mais quoi! tes pleurs se mêlent à mes larmes! 0 Ninias! ôjour plein d'horreur et de charmes!... Avant de me donner la mort que lu me dois. De la nature encor laisse parler la voix ; Souffre au moins que les pleurs de ta coupable mère Arrosent une main si fatale et si chère. ARZ.ACE. Ah ! je suis votre fils, et ce n'est pas à vous. Quoique Vous ayez fait, d'embrasser mes genoux. Ninias vcus implore, il vous aime, il vous jure Les plus profonds respects et l'amour la plus pure. C'est un nouveau sujet, plus cher et plus soumis ; Le ciel est apaisé, puisqu'il vous rend un fils : Livrez l'infâme Âssur au dieu qui vous pardonne. SÉMIRAMIS. Reçois, poui î« venger, mon sceptre et ma couronne; Je les ai trop souillés.

ARZAGB. Je veux tout Ignorer; Je veux avec l'Asie encor vous admirer.

SÉMiRAMis. Non, mon crime est trop grand.

ARZAc.*:. Le repentir l'effaco.

sÉMinAMis. Kinus t'a commandé de régner en ma place ; Crains ses mânes vengeurs.

ARZACE. Ils seront attendris Des remords d'une mère et des larmes d'un fils. Otane, au nom des dieux, ayez soin de ma mère, El cachez, comme moi, cet horrible mystère.

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