SCÈNE I, — SÉMIRAMIS, Otane
OTANE. Songez qu'un dieu propice a voulu prévenir
Cet effroyable hymen, dont je vous vois frémir.
La nature étonnée à ce danger funeste.
En vous rendant un fils, vous arrache à l'inceste.
Des oracles d'Ammon les ordres absolus,
Les infernales voix, les mânes de Ninus,
Vous disaient que le jour d'un nouvel hyménée
Finirait les horreurs de votre destinée;
Mais ils ne disaient pas qu'il dût être accompli.
L'hymen s'est préparé; votre sort est rempli;
Ninias vous révère. Un secret sacrifice
Va contenter des dieux la facile justice ;
Ce jour si redouté fera votre bonheur.
SEMIRAMIS. Ah ! le bonheur Otane, est-il fait pour mon cœur?
Mon fils s'est attendri ; je me flatte, j'espère
Qu'en ces premiers moments la douleur 'd'une mère
Parle plus nauiement à ses sens oppressés
Que le sang de Ninus, et mes crimes passés.
Mais peut-être bientôt, moins tendre et plus sévère, •
Il ne se souviendra que du meurtre d'un père. OTANE. Que craignez-vous d'un fils? quel noir pressentiment! SÉMIRAMIS. La crainte suit le crime, et c'est son châtiment
Le détestable Assur sait-il ce qui se passe?
N'a-t-on rien attenté? sait-on quel est Arzace? OTANE. Non ; ce secret terrible est de tous ignoré :
De l'ombre de Ninus l'oracle est adoré ;
Les esprits consternés ne peuvent le comprendre.
Comment servir son fils? pourquoi venger sa cendre?
On l'ignore, on se tait. On attend ces moments
Où, fermé sans réserve au reste des vivants,
Ce lieu saint doit s'ouvrir pour finir tant d'alarmes.
Le peuple est aux autels; vos soldats sont en armes.
Azéma, pâle, errante, et la mort dans les yeux.
Veille autour du tombeau, lève les mains aux cieux.
Ninias est au temple, et d'une âme éperdue
Se prépare à frapper sa victime inconnue.
Dans ses sombres fureurs Assur enveloppé
Rassemble les débris d'un parti dissipé :
Je ne sais quel» projets il peut former encore. SÉMIRAMIS. Ah ! c'est trop ménager un traître que j'abhorre ;
Qu'Assur chargé de fers en vos mains soit remis :
Otane, allez livrer le coupable à mon fils.
Mon fils apaisera l'éternelle justice.
En répandant du moins le sang de mon complice :
Qu'il meur«; qu'Azéma, rendue à Ninias,
Du crime de mon règne épure ces climats.
Tu vois ce cœur, Ninus, il doit te satisfaire ;
Tu vois du moins en moi des cntraillos de mère. Ah! qui vient dans ces lieux à pas précipités? Que tout rend la terreur à mes sens ugiiés'