SCÈNE in. — Orhste, Pylade
PVLADE. Apaise de tes sens le trouble involontaire.
Renferme dans ton cœur un secret nécessaire;
Cher Oreste, crois-moi, des femmes et des pleurs
Du sang d'Ag;imemnon sont de faibles vengeur?. OKESTE. Trompons surtout Égislhe et ma coupable mère.
Qu'ils goûtent de ma mort la douceur passagère;
Si pourtant une mère a pu porter jamais
Sur la cendre d'un fils des regards satisfaits! PVLADE. Attendons-les ici tous deux à leur passage. SCÈNE IV. —Electre, Ipiiise, d'un côté; Oreste, Pylade, de l'aulre, arec un esclave, qui porte l'urne et l'épée. Electre. L'espérance trompée accable et décourage.
Un seul mot de Pammèoe a fait évanouir
Ces songes imposteurs dont vous osiez jouir.
Ce jour faible et tremblant, qui consolait ma vue,
Laisse une horrible nuit sur mes yeux répandue.
Ah! la vie est pour nous un cercle de douleur! oreste, à l'ylade. Tu vois ces deux objets ; ils m'arrachent le cœur. PYL\DE. Sous les lois des tyrans tout gémit, tout s'dltriste. oreste. La, plainte doit régner dans l'empire d'iigisthe. IPHISE, à Electre. Voila ces étrangers.
ELECTRE. Présages douloureux!
Le nom d'Egisthe, ôciel! est prononcé par eux. IPHISE. L'un d'eux est ce héros dont les traits m'ont frappée. ELECTRE. Hélas! ainsi que vous j'aurais été trompée. A Oreste. Eh! qui donc êles-vous, étrangers malheureux?
Que venez-vous chercher sur ce rivage atîrcux? ORESTE. Nous attendons ici les ordres, la présence
Du roi qui tient Argos sous son obéissance. ELECTRE, ijui? du roi ! quoi! des Grecs osent donner ce ncrtn
Au tyran qui versa le sang d'Aga;nemnon ! PVLADE. Il régne; c'est assez, et le ciel nous ordonne
Que, sans peser ses droits, nous respections son trône. ELECTRE. Maxime horrible et lâche! Eh! que demandez-vous
Au monstre ensanglanté qui règne ici sur nous? PYLADE. Nous venons lui porter des nouvelles heureuses. ELECTRE. Elles sont donc pour nous inhumaines, affreuses? IPHISE, en variant l'urne.
Quelle e«t celte urne, hélas! ô surprise! ô douleurs! PYLADE. Oreste. .
ELECTRE. Oreste! ah diejx! il est mort ; je me meurs. ORESTE , à Pylade.
Qu'avons-nous fait, ami, peut -on les méconnaître
A l'excès des douleurs que nous voyons paraitœ?
Tout mon sang se soulevé. Ah ! princesse! ah! \ivoz. ELECTRE. Moi, vivre! Oreste est mort. Barbares, achevez. IPHISE. Hélas! d'Agamemnon vous voyez ce qui reste.
Ses deux filles, Tes sœurs du malheureux Oreste. ORESTE. Electre! Iphise ! où suis-jeH impitoyables dieux! {A celui qui porte l'urne.)
Otez ces monuments; éloignez de leurs yeux
Cette tirne dont l'aspect...
ELECTRE, revenant à elle , et courant vers l urne. Cruel, qii'osez-vousdire?
Ah ! ne m'en privez pas; et devant que j'expire, Laissez, laissez toucher à mes tremblantes mains Ces restes échappés à des dieux inhumains. Donnez... {Elle prend l'urne et l'embrasse.) ORESTE. Que faites-vous? cessez.
PYLADE. Le seul Egisthe Dut recevoir de nous ce m-nument si triste. ELECTRE. Qu'entends-je? ô nouveau crime! ô désastres plus grands! Les cendres de mon frère aux mains de mes tyrans! Des meurtriers d'Oreste, ô ciel^ suis-je entourée? ORESTE. De ce reproche affreux mon âme déchirée Ne peut plus...
ELECTRE. Et c'est vous qui partagez mes pleurs? Au nom du fils des rois, au nom des dieux vengeurs, S'il n'est pas mort par vous^ si vos mains généreuses Ont daigné recueillir ses ceT\dres malheureuses... OBESTE. Àh dieux!
ELECTRE. Si vous plaignez son trépas et ma mort^ Réponaez-moi; comment avez-voussu son sort? Éliez-vous son ami? dites- moi qui vous êtes? Vous surtout, dont les traits... Vos bouches sont muettes : Quand vous m'assassinez, vous êtes attendris. ORESTE. C'en est trop, et les dieux sont trop bien obéis. ELECTRE. Que dites-vous?
ORESTE. Laissez ces dépouilles horribles. ELECTRE. Tous les coBurs aujourd'hui seront-ils inflexibles? Non, fatal étranger, je ne rendrai jamais Ces présents douloureux que ta pitié m'a faits ; C'est Oreste, c'est lui... Vois sa sœur expirante L'embrasser en mourant de sa main défaillante, ORESTE. Je n'y résiste plus. Dieux inhumains, tonnez, Electre...
ELECTRE. Eh bien?
ORESTE. Je dois...
PYLADE. Ciel!
ELECTRE. Poursuis.
ORESTE. Apprenez.
SCÈNE V. — Êgisthe, Clttemnestre , Orsste, Pvlade, Electre, Iphise, Pammène, Gardes.
ÉGiSTUE. Quel spectacle! ô fortune à mes lois asservie! Pamrnène, est-il donc vrai? mon rival est .sans vie? Vous ne me trompiez point, sa douleur m'en instruit. Electre. Orage! ô dernier jour!
ORESTE. Où mé vois-je réduit?
ÉGiSTiiE. Qu'on ôte de ses mains ces dépouilles d'Oreste.
(Ou prend l'urne des maùis d' Electre.) ELECTRE. Rarb.ire, arrache-moi le seul bien qui me reste : Tigre, avrc cette cendre, arrache-moi le cœur. Joins le père aux enfants, joins le frère à la sœur. Monstre heureux, à tes pieds vois touies tes victimes. Jouis de ton bonheur, jouis de tous tes crimes. Contemplez avec lui des spectacles si doux, Mère tropinhumaine,ilssont dignes de vous.(//) /me /'emwcHe.)
SCENE VL—Égisthe, Clytemnkstbe, Oreste, Fylade, Gardes, clytemnestre. Que me faul-il entendre 1
ÉGisTHE. Elle en sera punie.
Qu'elle se plaigne au ciel, ce ciel me justifie ; Sans me charger du meurtre, il l'a du moins permis : Nos jours sont assurés, nos trônes aflermis. Voila donc ces deux Grecs échappés du naufrage, De qui je dois payer le zèle et le courage. OBESTE. G est nous-mêmes : j'ai dû vous oifrir ces présents. D'un important trépas gages intéressants; Ce glaive, cet anneau : \0113 devez les connaître; Agamemmon les eut quand il fut votre maître; Oreste les perlait.
CLYTEM.NESTRE. ijuoi ! c'cst VOUS que mon fils... ÉGISTHE. Si vous l'avez vaincu, je vous en dois le prix.
De (juel sang étes-vous? qui vois-je en vous paraître? ORESTi-;. Mon nom n'est point connu... Seigneur, il pourra l'être. Mon père aux champs troyens a signalé-son bras, Aux yeux de tous ces rois vengeurs de Ménélas. Il périt dans ces temps de malheurs et de gloire Qui des Grecs iriumphanîs ont suivi la victoire. Ma mère m'abandonne, et je suis sans secours; Des ennemis cruels ont poursuivi mes jours. Cei ami me tient lieu de fortune et de père. J'ai recherché l'honneur et bravé là misère. Seigneur, tel est mon sort.
ÉGVSTHE. Dites-moi dans quels lieux Votre bras m'a vengé de ce prince odieux. OHESTE. Dans les champs d'Hermione, au tombeau dAchémora,
Dans un bois qui conduit au temple d'Épidaure. ÉGISTHE. Mais le roi d Épidauie avait proscrit ses jours;
D'où vient qu'à ses bienfaits vous n avez point recours? ORESTE. Je chéris la vengeance, et je hais l'infamie. Ma main d un ennemi na point vendu la vie. Des intérêts secrets, seigneur, m'avaient conduit : Cet ami le connut; ii en fut seul instruit. Sans implorer des rois, je venge ma querelle. Je suis loin de vanter ma \ictoiie et mon zèle, Pardonnez. Je frissonne à tout ce que je voi ; Seigneur... d'Agamemnon la veuve est devant moi... Peut-être je la sers, peul-êireje l'offense : Il ne m'appartient pas de braver sa présence. Je sors...
ÉGISTHE. Non, demeurez.
CLYTEM>tsTUE. Qu'il s'écarte, seigneur: Son aspect me remplit dépouvanle et d horreur. C'est lui que j'ai trouvé dans la demeure sombte Où d'un roi malheureux repose la grande ombre. Les déités du Siyx marchaient à ses côtés. ÉGISTHE. Qui! vous?... qu'osiez-vous faire en ces lieux écartés I ORESTE. J'allais, comme la reine, implorer la clémence De ces mânes sanglants qui demandent vengeance. Le sang qu'on a versé doit s'exjjier, seigneur. CLVTEMNKSTi'.E. Chaque mot est un trait enfoncé dans mdîi cœur.
P^loignoz de mes yeux cet assassin d'Oreste, ORESTE. Cet Oreste, dit-on, dut vous être funeste : On dirait que. proscrit errant, et malheureux, De ha'ir une mère il eut le droit affreux. Clvjemnestre. 11 naquit pour verser le sang qui le fit naître, V^l lut le sort d'Oreste, et son dessein peut-êire. Ut- sa mort cependant mes sens sont pénétrés,
VoMS me faites frémir, vous qui m'en délivrez. ORESTE. Qui ! lui, madame? un fils armé contri; sa mère!
Ali! qui peut effacer ce sacré caractère?
Il respectait son sang... peut-être il eût voulu... CLvniM.NESTRK. Ah ciel !
ÉGiSTHE. Que dites-vous? oùl'aviez-vous connu ? PV[.ADE. Il se perd... Aisément les malheureux s'unis-^ent;
Trop prompiement liés, promptemenl ils s'aigrissent ;
Nous le vîmes dans Delphe.
ORESTE. Oui... j'y sus son dessein.
ÉGISTHE. Eh bien, quel était-il !
ORESTE. De vous percer le sein.
ÉGISTHE. Je connaissais sa rage, et je l'ai méprisée.
Mais de ce nom d'Oreste Electre autorisée
Semblait tenir encor tout l'État partagé :
C'est d'Electre surtout que vous m'avez vengé.-
Elle a mis aujourd'hui le comble à .ses utï'tînses.
Comptez-la désormais parmi vos récompenses.
Oui, ce superbe objet contre moi conjuré,
Ce cœur enflé d'orgueil, et de haine enivré,
Qui môme de mon lils dédaigna l'alliance.
Digne sœur d'un barbare avide de vengeance,
Je la mets dans vos fers ; elle va vous servir :
C'est m'acquitter vers vous bien moins que la punir.
Si de Priam jadis la race malheureuse
Traîna chez ses vainqueurs une chaîne honteuse.
Le sang d'Agamemnon peut servir à son tour. CLYTEMNKSTRE, Qui, moi ? je souffrirais...
ÉGISTHE. Eh ! madame, en ce jour.
Défendez-vous encor ce sang qui vous déteste?
N'épargnez point Electre, ayant proscrit Oreste, A Oreste. Vous... laissez cette cendre à mon juste courroux. ORESTE. J'accepte vos présents; cette cendre est à vous.
CLYTEMNESTRE
Non, c'est pousser trop loin lu haine et la vengeance.
Qu'il parte, qu'il emporte une autre récompense.
Vous-même, croyez-moi, quittons ces tristes bords.
Qui n'offrent à mes yeux que les cendres des morts.
Osons-nous préparer ce festin sanguinaire
Entre l'urne du fils et la tombe du père?
Osons-nous appeler à nos solennités
Les dieux de ma famille à qui vous insultez,
Et livrer, dans les jeux d'une pompe funeste,
Le sang de Clytemneslre au meurtrier d'Oreste?
Non; trop d'horreur ici s'obstine à me troubler :
Quand je connais la crainte, Ègisthe peut trembler.
Ce meurtrier m'accable; et je sens que sa vue
A porté dans mon cœur un poison qui me tue.
Je cède, et je voudrais, dans ce mcîltel effroi,
Me cacher à la terre, et, s'il se peut, à moi. {Elle sor/). ÉGISTHE, à Oresle. Demeure/.. Atlendezque le temps la désarme.
La naiure un moment jette un cri qui l'alarme ;
Mais bientôt, dans un cœur à la raison rendu,
L'inté.'-êt parle on maitie, et seul est entendu.
l'n ces lieux avec nous célébrez la journée
De son couronnement et de mon hyniénée. A S'-i suite. Et vous... dans Epidaure allez chercher mon fils :
Qu'il vienne conlirmcr tout ce qu'ils ai'out appris.