‹ Chefs d'œuvre dramatiquesChapitre 46 sur 284 · SCÈNE II. —ADÉLA'iDE,TAÏSE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. —ADÉLA'iDE,TAÏSE

ADELA'îDE. OÙ suis-jc ? hélas ! tout m'abandonne^ Nemours... de tous côtés le malheur m'environne. Ciel I qui m'arrachera de ce cruel séjour? TAisE. Quoi du duc de Vendôme, et le choix et l'^n'iovir Quoi! ce rang qui ferait le bonheur ou l'envie De toutes les beautés dont la France est remplie,

Ce rang qui louche au trône, el qu'on met à vos pieds, Ferait coubr les pleurs dont vos yeux sont noyés?

AncLAÏDb. Ici du liautdes cieux du Guesclin me contemple. De la fidélité ce héros fui l'exemple : f,e trahirais. le sang qu'ii versa pour nos lois, Si j'acceptais la main du vainqueur de nos rois.

TAÏSE. Quoi idans ces tristes temps de ligues et de haines, Qui confondent des droits les bornes incerlaines, Où le meilleur parti semble encore si douteux, Où les enfants des rois sont divisés entre eux ; Vous, qu'un astre plus doux semblait avoir formée Pour unir tous les cœurs et pour en être aimée, Vous refusez l'honneur qu'on offre à vos appas Pour l'intérêt d'un roi qui ne l'exige pas? ADÉLAÏDE , en pleurant.

Mon devoir me rangeait du parti deses armes.

TAÏSE. Ah ! le devoir tout seul fait-il verser des larmes? Si Vendôme vous aime, et si^ par son secours...

ADÉLAÏDE. Laisse-là ses bienfaits, et parte de Nemours. N'en as-tu rien appris? sait-on s'il vit encore?

TAÏSE. Voilà donc en effet le soin qui vous dévore, Madame?

ADELAÏDE. Il ost trop vrai ; je l'avoue, et mon cœur Ne peut plus soutenir le poids de sa douleur. Elle échappe, elle éclate, elle se justifie ; Et si Nemours n'est plus, sa mort finit ma vie.

TAÏSE. Et vous pouviez cacher ce secret à ma foi !

ADÉLAÏDE. Le secret de Nemours dépendait-il de moi? Nos feux, toujours brûlants dans l'ombre du silence. Trompaient de tous les yeux la triste vigilance ; Séparés l'un de l'autre, et sans cesse présents. Nos cœurs de nos soupirs étaient seuls confidents; Et Vendôme, surtout ignorant ce mystère. Ne sait pas si mes yeux ont jamais vu son frère. Dans les murs de Paris... mais, ô soins superflus ! Je te parle de lui, quand peut-être il n'est plus. G murs où j'ai vécu de Vendôuie ignorée! 0 temps où de Nemours en secret adorée. Nous touchions, l'un et l'autre, au fortuné moment Qui m'allait aux autels unir à mon amant! La guerre a tout détruit. Fidèle au roi son maître, Mon amant me quitta pour m'oubliev peut-être; Il partit: et mon cœur, qui le suivait toujours, A vingt peuples armés redemanda Nemours. Je portai dans Cambrai ma douleur inutile; Je voulus rendre au roi cette superbe ville; Nemours à ce dessein devait servir d'appui; L'amour me conduisait, je faisais tout pour lui. C'est lui qui d'une fille animant le courage. D'un peuple factieux me fit braver la rage, II exposa mes jours pour lu' seul réservés, Jours tristes, jours affreux, qu'un autre a conservés î Ah! qui m'éclaircira d'un destin que j'ignore ? Français, qu'avez-vous fait du héros que j'adore? Ses lettres, autrefois chers gages de sa foi. Trouvaient mille chemins pour venir jusqu'à moi; Son silence me tue : hélas! il sait peut-être Cet amour qu'à mes yeux son frère a fait parattro. Tout ce que j'entrevois conspire. à m'alarmer;

Kt mon amant est mort, ou cesse de m'aimcr!

Va. pour comble de maux je dois tout à son frère! TAÏSK. Cachez bien à ses yeux ce dangereux mystère.'

Pour vous, pour votre amant, redoutez son courroux.

Quelqu'un vient

ADELAÏDE. C'est lui-m6me, ô ciel!

TAïSE. Contraignez-vous SCENF [II. — Le duc de Vendôme, Adélaïde, Taïse. VENDÔME. J'oublie à vos genoux, charmante Adélaïde,

Le trouble et les horreurs où moudesiin me guide;

Vous seule adoucissez les maux que nous souffrons.

Vous nous rendez plus pur l'air que nous respirons.

La discorde sanglante afflige ici la terre;

Vos jours sont entourés des pièges de la guerre.

J'ignore à quel destin le ciel veut me livrer :

Mais si d'un peu de gloire il daigne rn'honorer,

Cette gloire, sans vous obscure et languissante.

Des flambeaux de l'hymen deviendra plus brillante.

Souffrez que mes lauriers, attachés par vos rnains.

Écartent le tonnerre et bravent les destins;

Ou, si le ciel jaloux a conjuré ma perte.

Souffrez que de nos noms ma tombe au moins couverte

Apprenne à l'avenir que Vendôme amoureux

Expira votre époux, et périt trop heureux. ADÉLAÏDE. Tant d'honneurs, tant d amour servent à me confondre;

Prince... que lui dirai-je?et comment lui répondre?

Ainsi, seigneur... Coucy, ne vous a point parlé? VENDÔME. Non, madame... d'où vient que votre cœur troublé

Répond en frémissant à ma tendresse extrême ?

Vous parlez de Coucy, quand Vendôme vous aime. ADÉLAÏDE. Prince, s'il était vrai que ce brave Nemours

De ses ans pleias de gloire eût terminé le cours ,

Vous qui le chérissez d'une amitié si tendre,

'Vous qui devez au moins des larmes à sa cendre.

Au milieu des combats, et près de son tombeau!

Pourriez-vous de l'hymen allumer le flambeau? VENDÔME, Ah ! je jure par vous , vous qui m'êtes si chère.

Par les doux noms d'amants, par le saint nom de frère,

Que Nemours, après vous, fut toujours à mes yeux

Le plus cher des mortels, et le plus précieux.

Lorsqu'à mes ennemis sa \aleur fut livrée.

Ma tendresse en souffrit, sans en être altérée.

Sa mort nl'accablerait des plus horribles coups ;

Et pour m'en consoler mon cœur n'aurait que vous»

Mais on croit trop ici l'aveugle renommée.

Son infidèle voix vous a mal informée :

Si mon frère était mort , doutez-vous que son roi

Pour m'apprendre sa perle eût dépêché vers moi?

Ceux que le ciel forma d'une race si pure,

Au milieu de la guerre écoutent la nature.

Et, prolecteurs des lois, que l'honneur doit dicter,

Même en se combattant savent se respecter ;

A sa perte, en un mot, donnons moins de créance.

Un bruit pius vraisemblable, et m'afflige, et m'offense.

On dit que vers ces lieux il a porté ses pas. ADELAÏDE. Seigneur, il est vivant?

VENDÔME. Je lui pardonne, hélas I

Qu'au parti de son roi son mtérêt le range;

Qu'il le défende ailleurs, et qu'ailleurs il le venge j

Qu'il triomphe pour lui, j6 le veux, j'y consens : Mais se mêler ici parmi les assiégeants, Me cliercher, m'allaquer, moi son ami, son frère!... DÉLAÏDE. Le roi le veut sans doute.

VENDÔME. Ah! destin trop contraire!

Se pourrait-il qu'un frère élevé dans nion sein, Pour mieux servir son roi, levât sur moi sa maia ? Lui qui devrait plutôt, témoin de cette fêle, Partager, augmenter mon bonheur qui s'apprête.

/DÉLAÏDE. Lui!

vExNDÔ.ME. C'est trop d'amertume en des moments si duii.K. Mallieureuxpar un frère, et iortuné par vous, Tout entier à vous seule, et bravant tant d'alarmes, Je ne veux voir que vous, mon hymen et vos charmes. Qu'attendez-vous? donnez à mon cœur éperdu Ce cœur que j'idolâtre, et qui m'est si bien dû.

ADÉLAÏDE. Seigneur^ de vos bienfaits mon âme est pénétrée; La mémoire à jamais m'en est chère et sacrée : Mais c'es!, trop prodiguer vos augustes bontés ; C'est mêler trop de gloire à mes calamités, Et cet honneur...

VENDÔME. Comment! ô ciel! qui vous arrête?

ADÉLAÏDE. Je dois...

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