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SCÈNE V. — Vendôme, Adélaïde, Taïse

ADÉLAÏDE. 0 prince! en quel état laissez-vous votre frère? VENDÔME. Madame, par mes mains son sang est arrêté;

Il a repris sa force et sa tranquillité.

Je suis le seul à plaindre et le seul en alarmes ;

Je mouille en frémissant mes lauriers de mes larmes ;

Et je hais ma victoire et mes prospérités,

Si je n'ai par mes soins vaincu vos cruautés;

Si votre incertitude, alarmant mes tendresses,

Ose encor démentir !a foi de vos promesses. ADÉLAÏDE. Je ne vous promis rien ; vous n'avez point ma foi,

Et la reconnaissance est tout ce que je doi. VENDÔMK. Oiloi! lorsque de ma main je vous offrais l'hommagcî, ADÉLAÏDE. D'un si noble présent j'ai vu tout l'avantage :

Et sans chercher ce rang qui ne m'était pas dû,

Par de justes respects je vous ai répondu.

Vos bienfaits, votre amour et mon amitié même,

Tout vous flattait sur moi d'un empire suprême;

Tout vous a fait penser qu'un rang si glorieux,

Présenté par vos mains, éblouirait mes yeux ;

Vous vous trompiez : il faut rompre enfin le silence.

Je vais vous offenser, je me fais violence ;

Mais, réduite à parler, je vous dirai, seigneur,

Que l'amour de mes rois est gravé dans mon cœur.

De votre sang au mien je vois la différence;

Mais celui dont je sors a coulé pour la France.

Ce digne connétable en mon cœur a transmis

La haine qu'un Français doit à ses ennemis;

Eisa nièce jamais n'acceptera pour maître

L'allié des Anglais, quelque grand qu'il puisse être.

Voilà les sentiments que son sang ma tracés;

Et s'ils vous font rougir, c'est vous qui m'y forcez. VENDÔME. .le suis, je l'avouerai, surpris de ce langage;

Je ne m'attendais pas à ce nouvel outrage,

Et n'avais pas prévu que le sort en courroux

Pour m'accabler d'aflVonts dût se servir de vous.

Vous avez fait, madame, une secrète étude

Du mépris, de l'insulte, et de l'ingratitude;

Et votre cœur enfin, lent à se déployer.

Hardi par ma faiblesse, a paru tout entier.

Je ne connaissais pas tout ce zèle héroïque.

Tant d'amour pour vos rois, ou tant de politique.

Mais vous, qui m'outragez, me connaissez-vous bien ;

Vous reste-t-il ici de parti que le mien?

Vous qui me devez tout, vous qui, sans ma défense,

Auriez de ces Français assouvi la vengeance,

De ces mômes Français à qui vous vous vantez

De conserver la foi d'un cœur que vous m'ôtez!

Est-ce donc là le prix de vous avoir servie't' ADÉLAÏDE. Oui, VOUS ui'avez sau\ce; oui je vous dois la vIo .

jMuis, seigneur, mais, hélas, n'en puis-je disposer?

Me la conserviez-vous pour la tyranniser;' VENDÔME. Je deviendrai tyran, mais moins que vous, cruelle,

Mes yeux lisent trop bien danc '. olre âme rebelle.

Tous vos prétextes faux m'appionnent vos raisons:

Je vois mon déshonneur, je vois vos trahisons.

Quel qiif^ soit l'insolent que ce cœur nie préfère

Redoutez mon amour, tremblez de ma colère :

C'est lui seul désormais qne mon bras va chercher,

De son cœur tout sunglant j'irai vous arraclior;

Et si dans les horreur.-- du sort que les act^iblo,

De quelque joie encor ma fureur est capable.

Je la mettrai, perfide, à vous désespérer. ADÉLAÏDE. Non, seigneur, la raison saura vous éclairer:

Kon. voire âme est trop noble, elle est trop élevée

Pour opprimer ma vie après l'avoir sauvée. Mais si votre grand cœur s'avilissait jamais

Jusqu'à persécuter l'objet de vos bienfaits,

Sachez que ces bienfaits, vos vertus, votre gloire,

Plus que vos cruautés, vivront dans ma mémoire.

Je vous plains, vous pardonne et veux vous respecter;

Je vous ferai rougir de me persécuter;

Et je conserverai malgré votre menace^

Une âme sans courroux, sans crainte et sans audace. VENDÔME, Arrêtez; pardonnez aux transports égares,

Aux fureurs d'un amant que vous désespérez.

.fe vois trop qu'avec vous Goucy d'intelligence

D'une cour qui me hait embrasse la défense.

Que vous voulez tous deux m' unir à votre roi.

Et de mon sort enfin disposer malgré moi !

Vos discours sont les siens. Ah! parmi tant d alarmes,

Pourquoi tecourei;-vous à de nouvelles armes?

Pour gouverner mon cœur, l'asservir, le changer

Aviez-vous donc besoin d'un secours étranger /

4imez, il suffira d'un mot de votre bouche. ADÉLUDE. Je ne vous cache point que du soin qui me toacUa

A voire ami, seigneur, mon cœur s'était remis ;

Je vois qu'il a plus fait qu'il ne m'avait promis.

Ayez pitié des pleurs que mes yeux lui confient :

Vous les faites couler, que vos mains les essuient.

Devenez assez grand pour apprendre à dompter

Des feux que mon devoir me force à rejeter;

Laissez-moi tout entière à la reconnaissance. VENDÔME. Le seul Coucv sans doute a votre confiance:

Mon outrage est connu ; je sais vos sentiments. ADÉLAÏDE. Vous les pourrez, seigneur, connaître av-ec le temps, Mais vous n'aurez jamais le droit de les contraindre. Ni de les condamner, ni même de vous plamdre. D'un guerrier généreux j'ai recherché l'appui; Imitez sa grande âme, et pensez comme lui.

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