ACTE TROISIÈME
'' SCÈNE I. — Nemours, Dangeste.
NEMOURS. Combat" infortuné; destin qui mo poursuis!
0 mort, mon seul recours, douce mort qui me fuis !
Ciel! n'as-tu conservé la irame de ma vie
Qne pourtant de malheurs et tant d'ignominie?
Adélaïde... au moins pourrai-je la revoir? DANGtSTE. Vous la verrez, seigneur.
NEMOURS. Ah! mortel désespoir !
Elle ose me parler, et moi je le souhaite! DANGESTE. Seigneur, en quel état votre douleur vous jette !
Vos jours sont en péril, et ce Sîîng agité... NEMOURS. Me^ déplorables jours sont trop en sûreté:
Ma blessur? est légère, elle m'est insensible ;
Que celle de mon cœur est profonde et terrible ! DANGESTE. Remerciez les cieux de ce qu'ils ont permis
Que vous ayez trouve de si chers ennemis.
Il est dur de tomber dans des mains étrangères.
Vous êtes prisonnier du plus tendra des frères. ^■EM0URS. Mon frère! ah! malheureux!
DANGESTE. Il VOUS était lié
Par los nœuds les plus saints dune pure amitié :
Que n'éprouvez-vous point de sa main secourable ! NEMOURS. Sa fureur m'eût flatté ; son amitié m'accable. DANGESTK. Quoi ! pour être engagé daus d'autres intérêts,
Le haïpsez-vous tant?
NEMOURS. Je l'aime, et je me hais;
Et, dans les passions de mon âme éperdue,
La voix de la nature est encore entendue. DANGESTE. Si contre un frère aimé vous avez combattu,
J'en ai vu ([uelque temps frémir votre vertu;
Mais le roi l'ordonnait, et tout vous justifie.
L'entreprise était juste aussi bien que hardie.
Je vous ai vu remplir, dans cet affreux combat,
Tous les devoirs d'un chef, et tous ceux d'un soldat;
Et vous avez rendu, par des faits incroyables.
Votre défaite illustre, et vos fers honorables.
On a perdu bien peu, quand on garde l'honneur. NEMOURS. Non, ma délaite, ami, ne fut point mon malheur.
Du Guesclin, des Français l'amour et le modèle.
Aux Anglais si terrible, à son roi si fidèle,
Vit ses honneurs flétris par de plus grands revers :
Deux fois sa main puissante a langui dans les fers:
'W n en fut que plus grand, plus lier et plus à craindre.
Et son vainqueur tremblant fut bientôt seul à plaindre»
Pu Guesclin, nom sacré, nom toujours précieux,
Quoi! ta coupable, nièce évite encor mesycmcî
Ah? sans douie, c'ie a dû redoulor mes reproches.
Ainsi donc, cher Dangesle, elle fuit l€S approches?
Tu n'as pu lui parler?
DANGESTE. Seigueuf, je vous ai dit
Que bientôt...
NF.MOURS. Ah^ pardonne à mon cœur interdit.
Trop chère Adélaïde! Eh bien! quand tu l'as vue,
Parle, à mon nom du moins paraissait-elle émue? DANGESTE. Vclre sort en secret paraissait la loucher;
Elle versait des pleurs, et voulait les cacher, NEMOURS. Elle pleure, et m'outrage! elle pleure, et m'oppriibe!
Son cœur, je le vois bien , n'est pas né pour le crime :
Pour me sacrifier elle aura combattu ;
La trahison la gêne, et pèse à sa vertu :
Faible soulagement à ma fureur jalouse!
T'a-t-on dit en efTet que mon frère l'épouse ? DANGESTE. S'il s'en vantail lui-même, en pouvez-vous douter? NEMOUBS 11 l'épouse! à ma honte elle vient insulter!
Ah Dieu !