‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 141 sur 386 · ACTE III, SCÈNE lY · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE lY

Demander pour appiii tels esclaves que nous ;

n abaisse à nos pieds l'orgueil des cUadèmes ,

n nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes;

n prend d'eux les tributs dont il nous enrichit,

Et leur impose un joug dont il nous affranchit.

iEMlLIE.

L'indigne ambition que ton cœur se propose ! Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose! Aux deux bouts de la terre en est-il un si vain Qu'il prétende égaler un citoyen romain? Antoine sur sa tête attira notre haine En se déshonorant par l'amour d'une reine ; Attale , ce grand roi , dans la pourpre blanchi , Qui du peuple romain se nommait l'affranchi , Quand de toute l'Asie il se fût vu l'arbitre , Eût encor moins prisé son trône que ce titre. Souviens-toi de ton nom , soutiens sa dignité ; Et , prenant d'un Romain la générosité , Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître.

CINNA

Le ciel a trop fait voir en de tels attentats

Qu'il hait les assassins et punit les ingrats ;

Et quoi qu'on entreprenne , et quoi qu'on exécute ,

Quand il élève un trône , il en venge la chute ;

Il se met du parti de ceux qu'il fait régner;

Le coup dont on les tue est longtemps à saigner ;

Et quand à les punir il a pu se résoudre ,

De pareils châtiments n'appartiennent qu'au foudre.

i£MILIE.

Dis que de leur parti toi-même tu te rends ; De te remettre au foudre à punir les tyrans.

Je ne t'en parle plus, va, sers la tyrannie ; Abandonne ton âme à son lâche génie ; Et, pour rendre le calme à ton esprit flottant, OubUe et ta naissance et le prix qui t'attend.

lot CINNA.

Sans emprunter ta main pour servir ma colère , Je saurai bien venger mon pays et mon père. J'aurais déjà l'honneur d'un si fameux trépas. Si Tamour jusqu'ici n'eût arrêté mon bras ; C'est lui qui , sous tes lois me tenant asservie , M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie : Seule contre un tyran , en le faisant périr, Par les mains de sa garde il me fallait mourir. Je t'eusse par ma mort dérobé ta captive ; Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive , J'ai voulu , mais en vain , me conserver pour toi , Et te donner moyen d'être digne de moi.

Pardonnez-moi , grands dieux , si je me suis trompée Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée , Et si d'un faux semblant mon esprit abusé A fait choix d'un esclave en son lieu supposé. Je t'aime toutefois, quel que tu puis3es être ; Et si pour me gagner il faut trahir ton maître, Mille autres à l'envi recevraient cette loi, S'ils pouvaient m'acquérir à même prix que toi. Mais n'appréhende pas qu'un autre ainsi m'obtienne ; Vis pour ton cher tyran , tandis que je meurs tienne : Mes jours avec les siens se vont précipiter. Puisque ta lâcheté n'ose me mériter.

Viens me voir, dans son sang et dans le mien baignée , De ma seule vertu mourir accompagnée.

Et te dire en mourant, d'un esprit satisfait : « N'accuse point mon sort , c'est toi seul qui l'as fait ; » Je descends dans la tombe où tu m'as condamnée, » Où la gloire me suit qui t'était destinée : » Je meurs en détruisant un pouvoir absolu ; » Mais je vivrais à toi si tu l'avais voulu. »

CINNA

Eh bien ! vous le voulez , il faut vous satisfaire , Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, n faut sur un tyran porter de justes coups ;

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