ACTE m, SCÈNE V. i
Mais apprenez qu'Auguste est moins tyran que vous. S'il nous ôte à son gré nos biens, nos jours, nos femmes, n n*a point jusqu'ici tyrannisé nos âmes'; Mais l'empire inhumain qu'exercent vos beautés Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés. Vous me faites priser ce qui me déshonore ; Vous me faites haïr ce que mon âme adore ; Vous me faites répandre un sang pour qui je dois Exposer tout le mien et mille et mille fois : Vous le voulez, j'y cours, ma parole est donnée ; Mais ma main, aussitôt contre mon sein tournée. Aux mânes d'un tel prince immolant votre amant, A mon crime forcé joindra mon châtiment. Et, par cette action dans l'autre confondue. Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue. Adieu.
iEMILIE, FULYIE.
FULVIE
Vous avez mis son âme au désespoir.
iEMlLIE.
Qu'il cesse de m'aimer, ou suive son devoir.
FULVIE
n va vous obéir aux dépens de sa vie : Vous en pleurez !
iEHlLIE.
Hélas ! cours après lui, Fulvie ; Et si ton amitié daigne me secourir.
Arrache-lui du cœur ce dessein de mourir; Dis-lui...
FULVIE
Qu'en sa faveur vous laissez vivre Auguste?
iEMILIE.
Ah ! c'est faire à ma haine une loi trop injuste.
194 CINNA
FULVIE
Et quoi donc?
iEMTLIE.
Qu'il achève, et dégage sa foi, Et qu'il choisisse après de la mort, ou de moi.