‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 237 sur 386 · ACTE III. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE I

L'aise de voir la terre à son pouvoir soumise

Chatouillait malgré lui son âme avec surprise ,

Et de cette douceur son esprit combattu

Avec un peu d'effort rassurait sa vertu.

S'il aime sa grandeur, il hait la perfidie ;

n se juge en autrui, se tâte, s'étudie,

Examine en secret sa joie et ses douleurs.

Les balance, choisit, laisse couler des pleurs ;

Et, forçant sa vertu d'être encor la maîtresse.

Se montre généreux par un trait de faiblesse :

Ensuite il fait ôter ce présent de ses yeux ,

Lève les mains ensemble et les regards aux cieui ,

Lâche deux ou trois mots contre cette insolence;

Puis tout triste et pensif il s'obstine au silence,

Et même à ses Romains ne daigne repartir

Que d'un r^ard farouche et d'un profond soupir.

Enfin, ayant pris terre avec trente cohortes,

Il se saisit du port, il se saisit des portes.

Met des gardes partout et des ordres secrets,

Fait voir sa défiance, ainsi que ses regrets,

Parle d'Egypte en maître et de son adversaire,

Non plus comme ennemi, mais comme son beau-père.

Voilà ce que j'ai vu.

GHARMION.

Voilà ce qu'attendait.

Ce qu'au juste Osiris la reine demandait. Je vais bien la ravir avec cette nouvelle. Vous, continuez-lui ce service fidèle.

ACHOREE.

Qu'elle n'en doute point. Mais César vient. Allez, Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés ; Et moi, soit que l'issue en soit douce ou funeste, J'irai l'entretenir quand j'aurai vu le reste.

3tO POMPÉE.

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