‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 238 sur 386 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CÉSAR, PTOLOMÉE, LÉPIDE, PHOTIN, ÀCHORÉE; soldats

ROMAINS, SOLDATS SGTPTIENS.

PTÔLOMÉE.

Seigneur, montez au trône et commandez ici.

CÉSAR

Connaissez-vous César, de lui parler ainsi?

Que m*ofirirait de pis la fortune ennemie,

A moi qui tiens le trône égal à Tinfamie !

Certes, Rome à ce coup pourrait bien se vanter

D'avoir eu juste lieu de me persécuter ;

Elle qui d'un même œil les donne et les dédaigne.

Qui ne voit rien aux rois qu'elle aime ou qu'elle craigne,

Et qui verse en nos cœurs, avec l'Ame et le sang.

Et la haine du nom, et le mépris du rang.

C'est ce que de Pompée il vous fallait apprendre :

S'il en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre ;

Et le trône et le roi se seraient ennoblis

A soutenir la main qui les a rétablis.

Vous eussiez pu tomber, mais tout couvert de gloire :

Votre chute eût valu la plus haute victoire ;

Et si votre destin n'eût pu vous en sauver.

César eût pris plaisir à vous en relever.

Vous n'avez pu former une si noble envie.

Mais quel droit aviez-vous sur cette illustre vie?

Que vous devait son sang pour y tremper vos mains,

Vous qui devez respect au moindre des Romains?

Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale?

Et, par une victoire aux vaincus trop fatale.

Vous ai-je acquis sur eux, en ce dernier effort,

La puissance absolue et de vie et de mort?

Moi qui n'ai jamais pu la souffrir à Pompée,

La souffrirai-je en vous sur lui-même usurpée.

Et que de mon bonheur vous ayez abusé

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