‹ Chefs-d'œuvre du Pierre CorneilleChapitre 311 sur 386 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CLÏTON, SABINE.

CLITON

Tu vois que les effets préviennent les paroles ;

C'est un homme qui fait litière de pistoles :

Mais comme auprès de lui je puis beaucoup pour toi . . .

SABINE

Fais tomber de la pluie, et laisse faire à moi.

CLITON

Tu viens d'entrer en goût.

SABINE

Avec mes révérences Je ne suis pas encore si dupe que tu penses. Je sais bien mon métier, et ma simplicité Joue aussi bien son jeu que ton avidité.

CLITON

Si tu sais ton métier, dis-moi quelle espérance Doit obtenir mon maître à la persévérance. Sera-t-elle insensible? en viendrons-nous à bout?

SABINE

Puisqu'il est si brave homme , il faut te dire tout.

Pour te désabuser, sache donc que Lucrèce

N'est rien moins qu'insensible à l'ardeur qui le presse ;

Durant toute la nuit elle n'a point dormi ,

Et, si je ne me trompe, elle l'aime à demi.

Mais sur quel privilège est-ce qu'elle se fonde. Quand elle aime à demi de maltraiter le monde? n n'en a cette nuit reçu que des mépris. Chère amie, après tout, mon maître vaut son prix. Ces amours à demi sont d'une étrange espèce ; Et, s'il me voulait croire, il quitterait Lucrèce.

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