‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 106 sur 272 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

cœurs. Les Stollberg, les Fink , les Donat , et, Dieu merci, beaucoup d'autres comtes de race allemande, ne sont pas, on le sait, des tyrans, mais les amis et les pères de leurs vassaux. Cette précieuse concorde, nous voulons la maintenir; et puisque Luther répand partout les semences de la discorde , l'empire doit le condamner , sinon comme hérétique , du moins comme factieux.

( Il retourne à sa place, après s'être le'gèrement incliné. ) LE HÉRAUT.

La quatrième voix appartient aux illustres princes du saint empire , représentés par le margrave Albrecht , grand-maître de l'ordre teutonique.

ALBR ECHT , s'approcliant de la balustrade.

Grand empereur , et vous à la fois , mes maîtres et mes frères ; ï Ordre germanique des Nobles-Dames, qui m'a fait l'honneur de me choisir pour son chef, règne depuis long-temps dans ces vastes régions de la Prusse , bornées par les mers de l'est et par les champs de la Pologne ; beaucoup de forets et d'épais nuages couvrent cette contrée. Il me tarde d'éclaircir à la fois et les forets et les esprits ; il me tarde de fonder une haute école à Koenigsberg , ma royale résidence , comme l'a fait à Wittemberg le sage Frédéric; nous n'aurons pas besoin d'encens, nous avons assez de fumée : ce qu il nous faut c'est de la lumière ; et puisque Luther veut nous la donner , comme prince et comme chef d'ordre j'opine qu'on le laisse libre et sauf.

CHARLES , haut.

N'oubliez pas cependant que protéger des héré-

fc84 LUTHER,

tiques, c'est être hére'tique soi-même; et il n'est

point de chef d'ordre qui puisse l'être impunément.

ALBRECHT

Je pourrais bien un jour me démettre de cette dignité. J'ai, Dieu merci, encore des terres et des hommes....

CHARLES, interrompant.

Oui, en vasselage.

ALBRECHT , s'inelinant légèrement, et d'un air signi6catif.

Mais du roi de Pologne , sire : les formes changent, et les temps sont variables.

( Il retourne à sa place. ) LE HÉRAUT.

C'est maintenant à monsieur le duc Georges de Saxe.

GEORGES , s'approchant de la balustrade.

Mon empereur, messeigneurs et mes frères, je m'étonne d'entendre un tel bruit pour un misérable moine ! L'Allemagne n'a-t-elle pas été assez désolée par la guerre des Hussites, ce fléau du pays? Croyez-moi, ce moine est assez téméraire pour vouloir toucher aux couronnes, afin de voir si elles ne sont pas d'or; où la clémence n'obtient rien , le glaive est nécessaire. Je voudrais , quant à moi, qu'il fût brûlé dans ce jour même; mais l'honneur de l'Allemagne ne doit pas souffrir d'atteinte; surtout présentement, dans cette première et solennelle assemblée de la diète, où assiste notre empereur. Un sauf-conduit a été accordé à Luther , il faut le respecter. Renvoyez-le donc en liberté

Page 1