LE HÉRAUT
C'est maintenant le tour de l'église, représentée par le haut et puissant seigneur archichancelier de l'empire, Albert, margrave de Brandebourg, cardinal, archevêque de Mayence et de Magdebourg.
(L'électeur de Mayence s'approche de la balustrade.) LE CARDINAL.
Songez , mon frère , que vous êtes prince de l'église.
i88 LUTHER,
L'ÉLECTEUR DEMAYENCE, après avoir jeté un regard significatif sur le
cardinal, )
Grand empereur, nobles états, salut et paix avec vous; je suis prince de l'église, et comme tel, mais comme tel seulement, je suis frère et collègue de M. le légat qui est là devant nous; du reste nos opinions ne peuvent être les mêmes : je suis aussi prince et chancelier de l'empire : le chancelier pèse la justice, le prince doit avoir à cœur le bien public, et un prince de l'église unir ensemble Dieu et le monde. Je suis dévoué à la vieille foi, à la vieille croyance catholique , défigurée il est vrai, et le saint père lui-même en convient, par les plaies qui la font souffrir dans tous ses membres: il est pressant de la guérir; Luther veut l'entreprendre, il ne veut autre chose que renouveler la vieille discipline du temps des saints apôtres, discipline dégénérée jusqu'au scandale; le pape lui devrait le chapeau de cardinal, mais Luther n'en veut pas. Laissez-le donc mettre paisiblement au jour ce qu'il veut, ce qu'il doit produire ; il est pur, devenez-le aussi. Voilà ce que j'avais à vous dire comme prince de l'église. Pour Je bien de l'empire, je n'ai plus qu'un mot à ajouter : il nous faut la liberté , nous sommes de libres patriotes germains; la liberté est fille delà justice : fuyez donc l'iniquité ; ce n'est pas un bûcher, c'est une colonne triomphale qu'il faut élever à Luther, qui vous a appris à être de vrais Allemands. {Avec une émotion croissante.) Sages, courageux , fiers et unis , tels vous fûtes de vrais Allemands , tels vous devez rester : unis , vous pouvez beaucoup; désunis...