ACTE V, SCÈNE I
L'ABBESSE, profondement émue et essuyant une larme.
0 mon Ulrich! (A Catherine.) Je te remercie, compagne de douleur ; sois-en sûre , les pierres aussi s'amollissent par la flamme de la grâce ! Continue.
CATHERINE
L'aimable petite me soignait avec une tendresse fraternelle ; mais elle n'oubliait jamais ses hyacinthes. Un matin, je pensai que le moment de la mort e'tait arrive' pour moi ; elle sortait pour se rendre près de ses fleurs; n'y va pas cette fois, lui dis-je... Vois, je vais mourir; mais son oeil me lança un doux regard,... et elle s'en alla.
L'ABBESSE
Il le fallait.
CATHERINE
Oui, je l'avais oublié. Bientôt après je guéris; elle n'en fut ni triste, ni joyeuse. Nous passâmes
ainsi plusieurs semaines encore Je ne pouvais
prier que lui seul...
L'ABBESSE, avec effroi.
Lui!... qui?
CATHERINE, tranquillement.
Mon astre...
L'ABBESSE, avec violence.
Tu osas ! ( Profondément émue. ) 0 mon cher Ulrich! (Avec douceur à Catherine. ) Je n'ose,... je ne puis te juger.
CATHERINE
Je ne pouvais plus chanter : Thérèse non plus; elle priait, elle ne chantait pas.
L'ABBESSE
Étrange changement! autrefois, la prière était son occupation , le chant son délassement.
CATHERINE
Elle n'était plus la même depuis son retour ici ; pas un son ne s'échappa de ses lèvres; il semblait que son être tout entier , autrefois délicat et craintif comme la sensitive, se fût transformé en un dur diamant; sa sérénité était tout ce qui lui restait des temps antérieurs.
L'ABBESSE
Mais comment est-elle morte ?
CATHERINE, douloureusement.
Hélas ! ( S' efforçant de paraître calme. ) Nous étions assises vers midi en silence, comme de coutume; elle était en parfaite santé; seulement, vous le savez, mon regard avait toujours quelque chose à lui demander, le sien avait toujours quelque chose à me répondre. Hier, ce n'était plus de même : je n'osais même interroger ses yeux, ils brillaient du plus vif éclat.
L'ABBESSE
Autrefois, c'était d'une lumière douce comme celle de la lune.
CATHERINE
Hier, comme les rayons enflammés du soleil.