‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 133 sur 272 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Vers midi, elle se leva de table. — « Où vas-tu? lui dis-je. — Au jardin, re'pondit-elle. — A cette heure ? — 11 le faut... w Jamais autrefois elle n'allait au jardin à l'heure de midi. — « Le soleil est brûlant, lui dis-je. — C'est pour cela que je veux y aller, rëplique-t-elle ; là je trouverai un air libre et frais.» Je veux la suivre, elle me fait signe de rester. — a Je veux planter quelque chose pour toi, Catherine,» me dit- elle. Jamais je ne l'avais vue aussi radieuse, je dirais presque aussi riante. Elle sortit, revint encore une fois, et me dit : — « Ecoute, Catherine, encore quelque temps, et, ta vigne chérie fleurira, tu renaîtras à la joie... Cette vigne croîtra et s'élèvera: qu'as-tu besoin de fleurs ? La mienne se consume , elle va brûler... Courage, Catherine... — Restez ici, lui dis-je avec anxiété. — Oui,... ici,... là... et partout...» En prononçant ces mots, elle sautait avec pétulance, transportée comme dans un état d'ivresse; d'un saut, elle descendit les sept degrés qui conduisent au jardin, et s'élança comme un éclair...

L'ABBESSE

Et tu la suivis ?

Oh ! que ne l'ai-je fait!... L'air était si épais, et mon coeur si oppressé ! c'était en plein midi et j'étais saisie de terreur... pour la première fois de ma vie.

L'ABBESSE

Cela est étrange!

CATHERINE

Bientôt, je ne pus me défendre du sommeil, il me surprit;... il était de fer.

L'ABBESSE

L'orage terrible ne te réveilla- t-il pas?

CATHERINE

Un orage ! hier l'après-diner?

L'ABBESSE

Oui; il fut affreux , il dura sept heures.

CATHERINE

Je dormis tout ce temps; je dormis, mais sans trouver de repos. Des figures aériennes voltigeaient autour de moi, et chacune portait à son front une feuille flétrie ayant la forme d'un coeur. A travers l'épais brouillard, un œil immense semblait me fixer, ou plutôt un globe bleuâtre semblait pénétrer dans mon coeur. Neuf heures sonnent à l'horloge du clocher, je me réveille avec terreur, je me sens involontairement entraînée vers le jardin ; quand je descendis, tout était sombre, pas uneétoile au firmament; mais une lueur éclatante remplissait le jardin , comme si un million de vers luisans de toutes couleurs y étaient rassemblés; la flamme ardente de cette nuit d'été semblait s'élever au ciel en ma faveur; ces brillantes lumières semblaient réveiller dans le fond de mon coeur la flamme éteinte de la prière. Je cessai de trembler; mais une appréhension inexplicable s'empara de moi, et, dans

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