ACTE V, SCENE II
THÉRÈSE
Pour attacher le myrte à l'arbre de la vie , je dus m'e'panouir, répandre un doux parfum et disparaître.
ELISABETH, à Thérèse, se montrant elle-même et Théobald.
Germe, miroir, et image du beau éternel, nous sommes envoyées pour réconcilier ensemble la flamme pure et la matière terrestre.
THÉRÈSE
Que sommes-nous, nous simple poussière, pour que de toute éternité Dieu nous ait rendues dignes d'annoncer son essence ?
ELISABETH, à Thérèse.
Maintenant suis-moi, mes rayons sont brûlans, et l'aurore matinale va répandre 15 lumière du jour.
THÉRÈSE, embrassant Théobald.
Tu plongeras avec moi dans l'immensité des flots argentés ; avec moi tu t'enivreras dans la profondeur des espaces du souffle de la vie.
ELISABETH et THÉRÈSE, s'élevant d.ms les airs.
Dieu l'a résolu, Dieu l'a accompli; ainsi les voiles d'une nuit sainte enveloppent la croyance et le savoir , ces enfans célestes. Mais quand Dieu par ce héros aura réveillé la raison assoupie, comme un couple uni ils brilleront ensemble pleins d'amour et de majesté.
(Les Jeux anges, enveloppés dans un nuage lumineux, disparurent , et le Sun des harpes cesse de retentir.
THÉOBALD, se réveillant, à Luther.
Alï ! entendez-vous ?
LUTHER , encore endormi.
Quoi donc?
TIIEOBALD, se levant en sursaut et réveillant Luther.
La petite pèlerine est morte, et moi,... je vais la rejoindre.
Quel songe pénible !
THÉOBALD
N'est-il pas vrai, vous l'avez vue aussi ?
Moi , j'ai vu Satan vomir des flammes surWittemberg. Je tenais dans mes mains le double aigle , et le jetai au milieu du feu ; il s'éteignit ; l'aigle devint un phénix. Ah! que Dieu vienne à notre secours dans ces temps de misère !
THÉOBALD
N'avez -vous pas vu briller la lune et l'escarboucle ?
La lune ! que veux-tu dire ? connaitrais-tu mon songe ? Je l'ai vue , oui , je l'ai vue ; j'ai vu la figure pâle de mon institutrice Elisabeth, elle semblait me dire : Comment peux-tu te livrer à un lâche repos, tandis que l'ennemi renverse ton temple et profane ton sanctuaire?