ACTE V, SCENE III
Je le crois, tu m'aimes; tu saurais mourir aussi, et voir mourir celui que tu aimes : oui, je le crois; car tu es sincère et vraie. Mais pourrais-tu toimême m'envoyer à la mort pour l'oeuvre de Dieu,... toi-même ?
C ATHERINE, après quelques instaos de re'flexion.
Si je jouissais de mon libre arbitre, oui, je le pourrais : car qu'est-ce que j'aime en toi, si ce n'est ce qu'il y a de plus auguste ?
LUTHER, rapidement.
Eh bien ! si nous devenions e'poux... Ah ! le démon ne s'en réjouirait pas ?
MÉLANCHTHON
Non , il n'y aurait que les anges.
Mais peut-être l'esprit infernal veut-il me séduire par les attraits d'une beauté divine. Ah ! l'épreuve est terrible 7 mais je n'y succomberai pas... Fuis... fuis, te dis-je.
CATHERINE, le regardant avec e'ie'vatiou et fixement.
Tu veux enchaîner les esprits... et tu ne sais pas les reconnaître. Apprends avant d'instruire... Luther, adieu. Mon cœur se brise,... mais je ne saurais le prodiguer à qui le méconnaît ainsi.
( Elle veut sortir, mais s'arrête subitement dans le fond de la scène, et jette encore des regards douloureux sur Lut lier.;
LUTHER , la suivant des yeux avec étonnement.
Le démon ! et une volonté si pure !... Non, cela ne se peut;... je vais la rappeler.
G ATH E RI N E , mettant la main sur son cœur.
Je le sens se briser.
UN JEUNE GARÇON, entrant subitement une hyacinthe à la main, et disant à
Catherine.
Êtes-vous la demoiselle de Bora? le chevalier couvert de sang... gisant dans le jardin, m'a donné cette hyacinthe pour vous. C'est pour Catherine, at-il dit, et il est mort.
(Il lui pre'sente la fleur et sort précipitamment.) CATHERINE, pressant la fleur contre son cœur avec la plus profonde e'motion.
0 doux symbole de la réconciliation !...
LUTHER , la suivant des yeux avec tendresse.
Eh bien! la rappellerai-je?...
CATHERINE, appuyant avec force la main sur son cœur, et regardant toujours
Luther.
Ah ! mon coeur se brise.
(Le duc Éric, le margrave Alhrecht, d'autres princes, d'autres chevaliers, eutrent. )
ÉRIC
Dieu est juste!...
ALBREGHT.
Willdeneck est tué ! . . .
LUTHER et CATHERINE, se rapprochant insensihlemenl , tombent dans les bras l'un de l'autre, et s'écrient :
Mon époux ! mon épouse !