‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 178 sur 272 · SCÈNE I T. 3i · texte numérisé non relu

SCÈNE I T. 3i

à faire. Pas un du nom de Kuruth n'a encore été mis en prison. Dois-je, moi, être le premier qui couvre de honte mon nom et celui de mes pères ?... Non !... ma résolution est prise... je ne puis la changer. — Aussitôt qu'ils viendront demain pour me mener en prison, je les suivrai jusqu'au détour du chemin qui conduit du glacier de Lammern auDaubensé ; . . . alors , que Dieu ait pitié de moi ! . . . alors. . . c'en est fait, je me précipite dans le lac.

Dieu miséricordieux!...

KUNTZ

Vaut encore mieux mourir ainsi, quoiqu'une telle mort soit cruelle , que dégénérer de ses ancêtres et voler , ou se couvrir de honte !

TRUDE

Oh ! vis! et nous irons plutôt demander l'aumône dans les cantons éloignés; je ne veux plus revoir le lieu où je suis née , et qu'habite une race aussi méchante. Dans une autre région, où l'on ne respire pas l'air des Alpes, on connaît au moins la pitié et l'humanité... Allons!., fuyons !... abandonnons cette maison à la malédiction toute seule. Elle est déjà chargée de dettes; pas un clou ne t'y appartient. Allons demander l'aumône aux étrangers , ils seront plus humains.

KUNTZ.

Maintenant... aller mendier !... as-tu perdu le sens ? faut-il, femme, que je devienne ton bourreau? et je le deviendrais si , maintenant, en hiver, je

3i6 LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

t'éloignais de ces lieux , toi , faible créature ! croistu que ce fût une bagatelle, clans cette saison où les avalanches dévastent le pays, où, dans chaque passage, le ruisseau débordé mugit et, comme la malédiction paternelle, déchaîne au-devant de nous une mort certaine?... La malédiction paternelle!.. tu m'as aidé à la gagner, je l'ai partagée avec toi, et tu l'as fidèlement portée pendant vingt-huit ans. Laisse-moi l'expier maintenant. Aussitôt que tu seras quitte de moi, qui suis maudit, tu pourras plus aisément gagner ton pain... le gagner, te dis-je , et non le mendier misérablement ! Non, que l'épouse du brave Kuruth ne devienne jamais une créature méprisée !

TRUDE

Et toi?...

KUNTZ.

Quant à moi , je veux me hasarder à paraître devant Dieu , lui demandant grâce de ma malédiction.

TRUDE

Et pour te purger de cette malédiction inexpiable, tu veux ternir l'honneur de tes pères; et moi, ton bien chèrement acquis, tu veux me précipiter désespérée dans la tombe !

KUNTZ.

Tu prétends donc que se détruire est une lâcheté?

TRUDE

Fuis les filets qui tte sont tendus par le malin esprit... Le sang du Me'diateur a été aussi répandu

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